La valeur artistique des Confessions de Rousseau

Sujet : On se contente trop souvent de ne voir dans les Confessions qu'un recueil de souvenirs. N'est-ce pas en méconnaître la valeur artistique ?  Dans un développement argumenté et illustré d'exemples vous montrerez que cette autobiographie est avant tout une œuvre d'art.

Problématique :

En quoi Rousseau se révèle-t-il plus un artiste qu’un homme qui nous livre ses souvenirs ?

Plan :

Intr.

  • Introduire le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) : Partir par exemple de la pérennité des Confessions et se demander quelle en est la raison
  • Dégager la problématique : récit de vie ou œuvre d’art ?
  • Annoncer le plan en insistant sur la progression logique : (1ère partie) (2ème partie) (3ème partie)
  1. Les Confessions peuvent facilement être assimilées à un banal " recueil de souvenirs " :
    1. Les Confessions présentent en effet la matière d’une autobiographie :
      1. En raison de la prédominance du moi :
        1. La 1ère personne dans le préambule
        2. Le seul personnage constamment présent est Jean-Jacques

    --> Les Confessions se veulent une écriture sur soi.

      1. En raison aussi des événements retracés chronologiquement :
        1. Livre 1 : 1712-mars 1728
        2. Livre 2 mars 1728- décembre 1728
        3. Livre 3 : décembre 1728-avril 1730
        4. Livre 4 : avril 1730-octobre 1731

    --> Une organisation qui peut sembler neutre

    1. Elles peuvent donc être assimilées à un " recueil " de souvenirs :
      1. En raison du compte-rendu par épisodes, chaque souvenir constituant la matière d’un épisode
        1. Le livre 1, par exemple, autour de quelques épisodes : celui de la fessée, celui de l’injustice, celui du noyer
        2. D’autres épisodes se détachent ainsi : celui du vol des pommes, celui de la journée à Thones …

    --> Autant d’instantanés que l’on pourrait trouver dans un album de photos

      1. En raison également de la discontinuité des souvenirs :
        1. Cf. le choix opéré et souligné par Rousseau pour l’épisode du noyer
        2. Idem pour le séjour passé à Lyon

    --> On feuillette la vie de Rousseau comme un album

  • Rousseau est l’initiateur du genre autobiographique. Aussi est-il normal de retrouver dans son œuvre tous les ingrédients d’un " recueil de souvenirs "
  1. Mais l’œuvre témoigne par ailleurs d’un très grand souci de la composition :
    1. La composition d‘ensemble est très concertée:
      1. L’unité thématique de chaque livre :
        1. Le livre 1 autour de l’enfance
        2. Le livre 2 autour de la rencontre avec Mme de Warens (et de la conversion)
        3. Le livre 3 autour des rencontres de hasard
        4. Le livre 4 autour des voyages

    --> Les souvenirs sont donc classés : souci d’organisation

      1. L’équilibre des livres et la répartition des aveux :
        1. La fessée dans le livre 1
        2. Le vol du ruban dans le livre 2
        3. L’abandon de M. le Maître

    --> Les aveux sont distillés à petite dose : un aveu par livre et des livres de longueurs égales (souci d’équilibre)

      1. Le souci conclusif :
        1. Le 1er livre se clôt sur le thème fort de la fatalité
        2. Le 2nd et le 4ème se ferment sur des formules incisives (" qu’il me soit permis de n’en reparler jamais. ")

    --> Rousseau a conscience que chaque livre est un tout

    1. Celle de chacun des épisodes également :
      1. L’art de la mise en scène :
        1. L’art du tableau : l’épisode de Mme Basile
        2. La mise en scène pure : l’épisode du ruban (dialogue de théâtre avec didascalies), celui du vol des pommes
        3. Le goût pour les coups de théâtre ou rebondissements : l’arrivée du mari de Mme Basile

    --> Rousseau emprunte donc à un autre genre – le théâtre - ses techniques

      1. la dramatisation du récit :
        1. Le retardement narratif : l’épisode de la fessée / celui du noyer
        2. L’encadrement du récit : évident dans l’épisode du noyer (début pathétique / conclusion sur un parallèle avec César)

    --> Rousseau sait mettre en relief chacun des épisodes, que l’on peut isoler comme un tout

  • On retrouve ce même souci de composition chez le peintre, le sculpteur, l’architecte, tous soucieux des lignes de force qui organiseront la lecture de leurs œuvres. Rousseau est bien en ce sens un artiste.
  1. Elle témoigne aussi d’un souci évident et constant de l’impact de l’écriture :
    1. L’art de mener une narration pour faire naître une émotion :
      1. L’emploi du présent de narration qui actualise l’émotion ou le danger :
        1. Cf. la rencontre de Mme de Warens
        2. L’arrivée du maître lors du vol des pommes
        3. L’arrivée du mari de Mme basile

    --> Rousseau entend conduire le lecteur à partager les sentiments du personnage

      1. L’emploi du vocabulaire pour faire naître la pitié ou le rire complice :
        1. Champ lexical de la destinée au moment où le pont de Genève se relève (livre 1) : atmosphère tragique
        2. La métaphore (" le flûteur Egiste) empruntée à l’Antiquité pour ridiculiser le commis de Mme Basile
        3. Le registre grandiloquent pour présenter de façon amusante l’épisode du noyer

    --> Rousseau n’oublie jamais le destinataire de son œuvre : il faut que l’œuvre fasse surgir des émotions

    1. Celui de camper un portrait:
      1. Le portrait romanesque :
        1. Celui de Mme de warens fondé sur l’emploi de l’hyperbole
        2. Associé à un autoportrait très alerte

    --> Noter l’intérêt d’associer les deux

      1. Le portrait pittoresque :
        1. Celui de venture : fondé sur l’art d’associer les oppositions
        2. Celui du juge-mage Simon : un " nain " " disgracié ", " dédommagé du côté de l’esprit "

    --> Rousseau saisit d façon rapide et percutante les anomalies

      1. La caricature :
        1. Celle du Maure balafré : citation
        2. Celle de Mlle Giraud : citation

    --> Noter l’emploi savoureux de la métaphore dévalorisante

    1. La maîtrise de la langue :
      1. Souci de variété :
        1. Variété dans l’emploi du rythme : exemples
        2. Variété des figures de style : exemples
        3. Variété du vocabulaire : exemples

    --> De la solennité à la plus délicieuse simplicité

      1. Parfois même un style résolument poétique : exemples
        1. Organisation de la phrase en crescendo : pour faire surgir l’émotion
        2. Simplicité de la phrase : en accord avec la nature
  • A l’instar du peintre, du sculpteur ou de l’architecte, Rousseau travaille un matériau - la langue – pour en tirer tous les effets susceptibles d’émouvoir le lecteur. Là encore, il met bien en évidence la dimension artistique de son œeuvre.

  Concl.
  • Synthèse de chacun des axes + synthèse totale
  • Ouverture : sur les enjeux de toute autobiographie, à savoir le plaisir d’écrire et l’adresse à un public qui recevra autant la forme que le contenu.
  • Phrase conclusive : sur l’idée que sans la forme, le contenu n’a aucune portée.
   
Le souci de vérité et la tentation du romanesque  
Le goût des "douces chimères"  
L'artifice littéraire  
Le rôle du lecteur  
Une autobiographie ?