On considère généralement Les Confessions de
Jean-Jacques Rousseau comme la première autobiographie de la littérature française. Si
l'on définit l'autobiographie comme le récit par un auteur de sa propre vie, ces termes
suffisent-ils alors pour rendre compte des livres que vous avez étudiés ?
Problématique :
- N'est-il pas simpliste de réduire Les Confessions à un récit de
vie ? i.e. récit centré sur le moi (portrait physique, portrait psychologique,
récit des événements, analyse
) mais aussi apologie du moi.
- Ne sont-elles pas aussi autre chose ?
- une uvre romanesque : un héros picaresque, lart du récit, lart
de la mise en scène
- une uvre moraliste : portée universelle de lexemple, thèse sur la
société (galeries de portraits)
- Thèse 1 : Luvre est sans doute un récit de vie, mais il emprunte
les techniques du genre romanesque. Dautre part, le récit de vie se veut parfois
exemplaire pour ses contemporains.
- Autre formulation de la thèse -> plan inverse :
Luvre déroute parce quelle prend des allures de roman, quand elle ne
ressemble pas à une uvre de moraliste. Mais elle nen demeure pas moins un
récit de vie.
Plan :
Intr.
- Introduire le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) :
Rousseau se considère comme le premier à mener une véritable entreprise
autobiographique (cf. épigraphe et pacte en préambule) et on le considère souvent comme
tel.
- Introduire la citation et dégager la problématique : la définition
de lautobiographie dans le sujet (à démarquer de celle proposée par Philippe
Lejeune)
- Annoncer le plan en insistant sur la progression logique : (certes 1ère partie) (mais dune part 2ème partie) (mais dautre part 3ème partie)
- Il sagit certes dune autobiographie :
- Rousseau fait le récit de sa vie :
- Il sy engage dans le pacte en préambule :
- Le " moi " est désigné comme objet de luvre :
affirmation à la fin du 1er § : " cet homme, ce sera
moi .", aussitôt réitérée sous un forme plus lapidaire et plus vigoureuse au
début du § suivant : " Moi seul. "
- De plus, Rousseau sengage à tout dire sur sa vie, avec une totale
sincérité : revendication dexhaustivité et de sincérité / mais aussi
revendication du droit à lerreur, aux " ornements
indifférents "
- Le destinataire désigné est garant de cette sincérité : le lecteur / mais aussi
Dieu
--> Rousseau instaure donc un " pacte autobiographique ",
pour reprendre la formule de Philippe Lejeune
- On remarque dailleurs la prédominance du moi :
- La 1ère personne sature les 1ères lignes du préambule
- Mise en scène dramatique du moi au jugement dernier dans ce même préambule
- Le seul personnage constamment présent dans Les Confessions est
Jean-Jacques
--> Ni mémoires, ni chronique, Les Confessions se veulent une écriture
centrée uniquement sur le moi.
- Les événements sont retracés chronologiquement, conformément à un récit de vie :
- Organisation chronologique des quatre livres : 1712-mars 1728 / mars 1728-
décembre 1728 / décembre 1728-avril 1730 / avril 1730-octobre 1731
- Importance de lenfance, clé pour comprendre le narrateur devenu adulte : cf.
fin du livre 4
- Mais quelques prolepses cependant pour permettre de comprendre la continuité entre le
moi enfant et le moi adulte
--> Cette organisation chronologique vise à faire comprendre le trajet
de la déchéance progressive du moi, de linnocence première à la corruption par
la société
- Il le double par une analyse de soi :
- Les Confessions fonctionnent sur la mise en scène des aveux :
- Les trois aveux sont ainsi présentés comme gages de sincérité : Le plaisir
masochiste dû à la fessée / La dénonciation calomnieuse de Marion / Labandon
lâche de m. Le Maître
- La longueur des aveux suit une courbe décroissante (le premier très long / Le
dernier très rapide). Leur longueur nest pas proportionnelle à leur gravité, mais
à la honte quils provoquent.
- Les " extravagances " suivent : considérées comme
peccadilles, alors quelles ne le sont pas (cf. exhibitionnisme) car Rousseau ne
sen sent pas complètement responsable
--> Rousseau prend le parti pris de tout dire, au risque de
limpudeur, mais en faussant parfois la notion de mal. Il nen reste pas moins
quil sagit toujours du récit de sa vie.
- Cette rhétorique des aveux met en évidence une nature fondamentalement
innocente :
- Labsence de méchanceté est affirmée demblée (lenfant ne
maltraite même pas les animaux) et maintes fois réitérée (cf. début du livre 4 :
excuses pour labandon de Le Maître)
- Sa naïveté foncière, en dépit de la précocité soulignée, est aussi maintes fois
affirmée (Lépisode des Sabran, celui de lhomosexuel de lhospice, celui
du voyage avec la Merceret)
- De même que sa sensibilité face aux gens (enfant aimé et aimant dans le livre
1) et face à la nature : ses engouements contestables pour des vauriens est
donc excusé
--> Cette propension naturelle au bien innocente demblée
Rousseau
- Elle vise à tracer le portrait dun être complexe :
- Un être dont linstabilité peut surprendre : goût du vagabondage / femmes
multiples
- Un être qui apparaît donc contradictoire sans savoir se défendre
- Mais dont lunité nest jamais perdue de vue par le locuteur lui-même :
ses contradictions sexpliquent par son goût de lindépendance et sa
sensibilité
--> La complexité du narrateur ne peut quéviter un jugement
trop hâtif
- Rousseau raconte donc sa vie pour mieux se faire comprendre :
- Lexhaustivité doit laisser le lecteur libre de juger :
- Laffirmation réitérée dune volonté de tout dire ( le bien et le
mal). Affirmation qui encadre les livres étudiés (préambule et conclusion du livre 4)
- La conscience des défaillances de la mémoire, voire de la trahison par
lécriture, évoquées à plusieurs reprises (cf. cours vérité/mensonge)
- La distinction entre vérité (anecdotique) et sincérité (sur le fond) :
" bagatelles " s'oppose à ce qui
importe vraiment au sujet " (cf. cours)
- Mais Les Confessions ont une certaine composition qui est tout de même
argumentative :
- Commencer par la petite enfance revient à retracer lhistoire dune
dégradation : du paradis originel à lexpulsion = histoire dune
chute (cf. cours)
- Donner les faits en alternance bonheur / malheur (Bossey / séjour chez le graveur
séjour chez Mme de Warens / hospice de Turin Retour / séjour chez Mme de
Vercellis
) pour mettre en évidence le rôle négatif de la fatalité
- Une fatalité souvent évoquée (fatalité génétique / portes de Genève
) pour
disculper Rousseau
- Donc Les Confessions sont un peu une uvre apologétique :
- Rousseau accuse la société responsable de la chute : Rôle de léducation
aux effets pervers (lerreur des Lambercier, le mauvais maître) / Rôle des
mauvaises rencontres
- Il plaide donc non coupable en sérigeant en victime : cf. sa manière de se
disculper dans lépisode du ruban (on na pas su le prendre)
- Il évoque souvent lautre Rousseau, celui quil eût pu devenir : un
honnête père famille, bon protestant et bon citoyen
- Le récit autobiographique existe bien, mais il ne semble pas aussi objectif que
laffirme Rousseau.. Il est une reconstruction plus quun récit. Cette
reconstruction prend dailleurs souvent des allures de roman.
- Mais Rousseau se laisse aller aux charmes de lécriture romanesque :
- En raison dune jeunesse plongée dans la fiction :
- Les modèles puisés dans les livres du grand-père :
- Des esprits libres (Brutus) et des hommes indomptables (Scævola)
- Que Rousseau imite dès lenfance : quand il sinterpose entre son frère
et son père, quand il revit lauto-punition de Scævola
--> Rousseau a souvent des rêves de grandeur
- Les modèles puisés dans les romans damour de la mère :
- Des hommes chevaleresques, mettant leur courage au service de leur dame
- Que Rousseau imite au début du livre 2
--> Rousseau vit ses relations féminines sur le mode romanesque
- Les lectures avec Mme de Warens et mlle du Châtelet :
- Importance aussi des moralistes chez Mme de Warens : réflexion sur les hommes
- Découverte de Gil Blas chez Mlle du Châtelet découverte du héros picaresque
- Les styles des romanciers et des moralistes sont assimilés par Rousseau écrivain
--> Rousseau adopte un style très littéraire, forgé par la lecture
- Il se forge un personnage romanesque :
- Il se donne comme un héros courageux :
- Le protecteur de Bernard / Le redresseur de torts quil rêve dêtre
- La comparaison avec Hannibal, le conquérant (livre 2)
- Les rêveries guerrières en marchant vers Paris (livre 4)
- Il se décrit comme un amant romanesque:
- Le chevalier qui vole au secours de la dame : épisode de Toune (passage du
ruisseau)
- Lamant soumis : cf. son attitude aux pieds de Mme Basile
- La dame omniprésente, adorée en silence : Mme de Warens
- Chaque aventure est qualifiée de " roman " : cf. le cours pour
les passages
- Il se voit en fait comme un héros picaresque :
- De basse extraction (problème constant de Rousseau) et quasi-orphelin (solitaire donc)
- Lerrance et ses aventures : importance des voyages / idylles qui se
succèdent / conversion / projets davenir
- La pratique de tous les métiers : apprenti chez un notaire, puis chez un graveur,
laquais, professeur de musique
- Des rencontres hautes en couleurs : Bâcle ou Venture deVilleneuve /
Larchimandrite / Le juge Simon
- Quil met en scène grâce à une écriture romanesque :
- Lart de la mise en scène :
- Lart du tableau : épisode de Mme Basile
- La mise en scène pure : épisode du ruban, celui du vol des pommes
- Le goût pour les coups de théâtre ou rebondissements : larrivée du mari
de Mme Basile
- la dramatisation du récit :
- Le retardement narratif : épisode de la fessée / Episode du noyer
- Lencadrement du récit : évident dans lépisode du noyer (début
pathétique / conclusion sur un parallèle avec César)
- Lemploi du présent de narration qui actualise lémotion ou le danger :
la rencontre de Mme de Warens / larrivée du maître lors du vol des pommes /
larrivée du mari de Mme basile
- Lécriture elle-même :
- De la rhétorique solennelle : parodie du style épique (cf. début de
lépisode du noyer : " Ô vous, lecteur curieux de la
grande histoire du noyer, écoutez-en lhorrible tragédie et vous
abstenez de frémir si vous pouvez ! ")
- A la simplicité des indépendantes juxtaposées : cf. lépisode des pommes
- Un style accrocheur : alerte, vif, et maniant lhumour : " Me
voilà déjà redresseur de torts. "
- Mécontent de la vie réelle, Rousseau a tellement rêvé la sienne quil na
pu la raconter que sur un mode romanesque. Cependant, il nen oublie pas pour autant
la responsable de léchec de son existence, à savoir la société.
- Rousseau entend aussi servir dexemple et porter un jugement sur son époque :
- Rousseau témoigne forcément sur son époque :
- La galerie de portraits :
- De lévocation rapide, mais incisive, au portrait plus développé :
esquisses de portraits (Mlle goton, le " maure " de
lhospice, M. Corvezzi) ou portraits plus achevés (Venture,
larchimandrite
)
- Une révélation des turpitudes des la société : le visage chez les autres
révèle parfois la vérité du personnage (la fourberie de lhomosexuel)
- Une réflexion sur les mensonges du paraître : mais parfois laspect physique
soppose à lêtre (cf. le juge Simon)
- Les éléments de la critique sociale :
- Une société qui fonctionne sur le paraître : cf. lironie de Rousseau à
propos du clergé qui condamne labbé Gâtier davoir fait un enfant à la
seule femme quil eût jamais aimée (et non à une femme mariée) / cf. aussi le
dédain de Mlle de Breil à légard dun laquais
- Lorgueil de ceux qui ont largent ou un autre pouvoir : cf. le dédain
de Mlle de Breil à légard dun laquais, comme celui des chanoines à
lencontre de Le Maître
- La corruption inévitable par la société : celle de Rousseau, celle des laquais
appelés à être voleurs, la perversion prévue de marion
- Une satire en règle, celle du clergé :
- Débauché : abbés homosexuels, ou mettant du temps à convertir les jolies filles
- Ignorant : le curé de Pontverre
- Hypocrite : labbé sappuyant sur des passages sacrés inventés de
toutes pièces
- Orgueilleux : lInquisition humiliant les convertis
- Il croit en la valeur de lexemple :
- Démarche inductive, qui va du singulier à luniversel :
- Lexemple de lapprentissage du mensonge : " Voilà comment
jappris [
] à dissimuler, à mentir " Þ
" Voilà pourquoi tous les laquais sont fripons "
- Les mêmes causes produisent les mêmes effets : une mauvaise rencontre influe sur
Rousseau, mais Rousseau lui-même peut ruiner lavenir de Marion
- Doù le goût de la maxime, digne des moralistes du XVIIème, comme La
Rochefoucauld ou Vauvenargues (cf. à propos de Mme de Vercellis :
" Cest toujours un mauvais moyen de lire dans le cur des autres que
daffecter de cacher le sien ")
- Il érige quelques cas en modèles 2
- Labbé Gâtier : à développer
- Labbé Gaime : à développer
- Mme de Warens : à développer
- Mais surtout il se prend comme exemple privilégié :
- De linnocence première : à développer
- A la perversion par la société : à développer
- Les Confessions ne sont pas non plus dénuées dune portée
philosophique :
- Rousseau y envisage le rôle de léducation :
- Effets dune mauvaise éducation : celle des bons pédagogues (Lambercier) /
celle des mauvais maîtres (Ducommun)
- Nécessité dune éducation raisonnable : adaptée à lindividualité
de chaque enfant (cf. la fessée) / ménageant la sensibilité de lenfant
- Nécessité dune éducation religieuse : enseigner le bien et le mal, et non
le dogme (celle prodiguée par labbé Gaime : passage à analyser)
- Il y présente des sociétés modèles :
- A travers des moments privilégiés comme la vie aux côtés de la tante Suzon / la
vie à Bossey / la vie à Annecy et aux Charmettes
- Il y privilégie les liens affectifs : ce sont des sociétés fondées sur
lamour (de la famille, des Lambercier, de Mme de Warens)
- Ainsi que le cadre champêtre : la nature = le paradis originel (rôle à bossey
comme aux Charmettes)
- Il y donne une définition du bonheur :
- Présent dans les petites sociétés : le milieu familial, lunivers restreint
autour des Lambercier ou autour de Mme de Warens
- Et les promenades solitaires : osmose avec la nature (cf. les épisodes lever
de soleil près de Toune et coucher de soleil près de Lyon)
- Rousseau entend que Les confessions " serv[ent] de pièce de
comparaison pour létude des hommes "
Concl.
- Synthèse de chacun des axes + synthèse totale : cest le récit des
événements qui ont jalonné la vie de Rousseau. Ce nest certes pas que cela, mais
la dimension romanesque comme la dimension philosophique révèlent elles aussi des
facettes de la personnalité de Rousseau. Indirectement elles fournissent aussi des
éléments autobiographiques.
- Ouverture : uvre complexe, à la mesure de la personnalité de
Rousseau
- Phrase conclusive
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