Sujet : Dans le livre III de 1'Emile,
Rousseau déclarait : " Les choses ! Les choses ! Je ne répéterai jamais assez que
nous donnons trop de pouvoir aux mots. "
Les quatre premiers livres des Confessions vous semblent-ils illustrer ce refus de
la rhétorique et, plus largement, celui de lartifice littéraire ?
Problématique : ici
elle est très simple : Rousseau parvient-il à ne pas utiliser les artifices
littéraires qui " fardent " la réalité ?
Plan possible :
Intr.
- Introduire le contexte qui permet de
comprendre la citation (accroche) : Volonté très nette, manifestée
dans le préambule au Manuscrit de Neufchâtel, de fuir la tentation littéraire.
Rousseau prétend y donner un " portrait ", non un
" livre ".
- Introduire la citation et dégager la problématique : cest la même
idée qui prévaut dans la citation. Rousseau ne veut pas que la rhétorique
" farde " la vérité. Quen est-il dans Les Confessions ?
- Annoncer le plan en insistant sur la progression logique : (1ère partie) (2ème partie) (3ème partie)
1. Rousseau, dans Les Confessions, veut sen tenir aux
" choses " :
A. Il en manifeste explicitement la volonté :
a. Il affirme constamment la volonté de ne dire que la vérité, rien que la
vérité :
- Le titre est déjà une référence à la sincérité : celle, totale, que
lon doit avoir devant Dieu, qui est censé tout voir
- Cette volonté ouvre et clôt les livres étudiés : Affirmation présente dans le
préambule, puis dans le 1er § de luvre / Affirmation
réitérée pour clore le livre 4
- Car Rousseau désire la transparence : " Je voudrais pouvoir [
]
rendre mon âme transparente aux yeux du lecteur " (livre 4)
b. Or, pour lui, dire la vérité, cest livrer les faits bruts :
- Doù une volonté répétée de livrer les faits : " voilà ce que
jai fait " (livre 1) / " tout ce que jai fait "
(livre 4)
- De façon exhaustive : " je les dois tous dire "
c. Car laccumulation des faits doit permettre au lecteur de forger son propre
jugement :
- Rousseau se refuse à organiser ces faits : " ce nest pas à moi de
juger de limportance des faits "
- Il laisse donc au lecteur " le soin de choisir "
- Et la responsabilité den faire la synthèse : " Cest à lui
dassembler ces éléments et de déterminer lêtre quils
composent " / Ainsi que celle de se tromper : " sil
se trompe alors, toute lerreur sera de son fait " !
B. Les Confessions rendent dailleurs compte scrupuleusement des
événements :
a. Chaque moment clé est loccasion dun récit : les aveux
- Le plaisir pris à la fessée de Mlle Lambercier
- Le dénonciation calomnieuse de Marion
- Labandon de M. Le Maître
b. Rousseau rend compte aussi de moments moins importants :
- Ses diverses confrontations avec les femmes
- Ses petites " extravagances " comme son usurpation didentité
(maître de musique)
- Ses voyages
c. Le tout est retracé chronologiquement, donc apparemment sans artifice :
- Livre 1 : 1712-mars 1728
- Livre 2 mars 1728- décembre 1728
- Livre 3 : décembre 1728-avril 1730
C. Et il est vrai que Rousseau semble bien souvent y refuser le
" pouvoir " des mots :
a. Sobriété de certains passages, qui ne
rendent compte que de la succession des faits :
- Cf. la phrase neutre qui décline son identité et sa filiation au début du livre 1
- Cf. le récit de la confrontation avec Marion où seuls sont mis en évidence les
faits
- Cf. aussi, dans une certaine mesure, léconomie qui régit le récit de
labandon de M. Le Maître
b. Naturel de la syntaxe :
- Ton de la conversation : dans laquelle le lecteur a sa place
- Accumulations dindépendantes courtes / Utilisation du présent de narration
- Ecriture " à course de plume ", sans apprêt, visible entre autres
dans lépisode des cerises
c. Un registre de langue très courant, voire délibérément familier :
- Mots dargot : " pénard " pour âgé (livre 1)
- Voire mots vulgaires : cf. " coïon " (livre 3)
Rousseau semble donc être fidèle à son projet de sen tenir à la stricte
vérité, sans la " farder " avec les mots. Cependant, si dans le
préambule du Manuscrit de Neufchâtel il refuse même le terme de
" livre ", Les Confessions apparaissent tout de même avant
tout comme un ouvrage décrivain conscient des possibilités de la langue.
2. Cependant, quoi quen dise Rousseau, ce refus de la rhétorique est loin
dêtre constant :
A. Rousseau maîtrise la langue à la perfection et ne peut éviter den jouer:
a. Souci de variété :
- Variété dans lemploi du rythme : la simplicité évoquée ci-dessus
contraste parfois avec une solennité très rhétorique (cf. lincipit ou la
présentation de lépisode du noyer)
- Goût pour les figures de style :
- Variété du vocabulaire
b. Parfois même son style devient résolument poétique :
- Exemples de la description des lever et coucher de soleil
- Organisation de la phrase en crescendo : pour faire surgir lémotion
- Simplicité de la phrase : en accord avec la nature
c. Il nest pas rare que les procédés rhétoriques sadditionnent :
- Dans lincipit : gradation des adjectifs + hyperboles + chiasme
- Dans lépisode du noyer : parodie du style épique + mise en valeur par un
encadrement du récit
- Dans le récit de labandon de M. Le Maître : périphrase + métaphore filée
+ euphémisme
B. Rousseau sait mener une narration pour faire naître une émotion :
a. Le vocabulaire est choisi pour faire naître
la pitié ou le rire complice :
- Champ lexical de la destinée au moment où le pont de Genève se relève (livre
1) Þ atmosphère tragique
- La métaphore " le flûteur Egiste " empruntée à lAntiquité Þ
ridiculiser le commis de Mme Basile
- Le registre grandiloquent pour présenter de façon amusante lépisode du noyer
b. Lemploi du présent de narration est un autre artifice de la narration qui
actualiser lémotion ou le danger :
- Cf. la rencontre de Mme de Warens
- Larrivée du maître lors du vol des pommes
- Larrivée du mari de Mme basile
- Rousseau entend donc conduire le lecteur à partager les sentiments du personnage
c. Cest aussi un artifice pour le narrateur lui-même :
- Moyen dabolir la distance qui sépare lévénement du temps de
lécriture
- Moyen dabolir le présent malheureux pour replonger dans le passé heureux :
cf. rencontre avec Mme de Warens
C. Il sait camper un portrait pour le plaisir du lecteur :
a. Le portrait romanesque :
- Celui de Mme de warens fondé sur lemploi de lhyperbole
- Associé à un autoportrait très alerte
- Noter lintérêt dassocier les deux
b. Le portrait pittoresque :
- Celui de venture : fondé sur lart dassocier les
- Celui du juge mage Simon : un " nain " " disgracié ", " dédommagé du côté de l’esprit "
- Rousseau saisit donc de façon rapide et percutante les anomalies
c La caricature :
- Celle du Maure balafré : citation à donner
- Celle de Mlle Giraud : citation à donner
- Noter lemploi savoureux de la métaphore dévalorisante
A linstar du peintre, du sculpteur ou
de larchitecte, Rousseau travaille un matériau - la langue pour en tirer
tous les effets susceptibles démouvoir le lecteur. Il use donc bien du
" pouvoir " des mots. La rhétorique nest dailleurs pas le
seul artifice littéraire dont Rousseau use.
3. Luvre témoigne aussi dun très grand souci de la composition ( autre
artifice littéraire) :
A. Non seulement la composition densemble est très concertée:
a. Lunité thématique de chaque
livre : les souvenirs sont classés dans un souci dorganisation
- Le livre 1 autour de lenfance
- Le livre 2 autour de la rencontre avec Mme de Warens (et de la conversion)
- Le livre 3 autour des rencontres de hasard
- Le livre 4 autour des voyages
b. Léquilibre des livres et la répartition des aveux : les aveux sont
distillés à petite dose ( un aveu par livre et des livres de longueurs égales)
dans un souci déquilibre
- La fessée dans le livre 1
- Le vol du ruban dans le livre 2
- Labandon de M. le Maître
c. Le souci conclusif : Rousseau a conscience que chaque livre est un tout
- Le 1er livre se clôt sur le thème fort de la fatalité
- Le 2nd et le 4ème se ferment sur des formules
incisives (" quil me soit permis de nen reparler
jamais. ")
B. Mais celle de chacun des épisodes lest également :
a. Lart de la mise en
scène picturale :
- Lépisode de Mme Basile
- Le compte-rendu du coucher de soleil sur Lyon
b. Lart de la mise en scène théâtrale :
- La mise en scène pure : lépisode du ruban (dialogue de théâtre avec
didascalies), celui du vol des pommes
- Le goût pour les coups de théâtre ou rebondissements : larrivée du mari
de Mme Basile
c. la dramatisation du récit :
- Le retardement narratif : lépisode de la fessée / celui du noyer
- Lencadrement du récit : évident dans lépisode du noyer (début
pathétique / conclusion sur un parallèle avec César)
- Rousseau sait donc mettre en relief chacun des épisodes, que lon peut isoler
comme un tout
C. Car Rousseau ne perd jamais de vue le destinataire qui jugera luvre et la
vie :
a. Doù le jeu sur lagencement,
jamais neutre :
- Lordre et la longueur des aveux : le plus grave vient en dernier et il est
dune extrême brièveté
- Des jeux de parallélisme : son portrait en parallèle avec celui de Mme de Warens
(couple idéal)
- Des ruptures étudiées
b. Doù le jeu sur les mots, savamment employés :
- Lart de la mise en valeur indirecte pour donner le plus beau profil du
narrateur:
- Lart de latténuation pour minimises sa responsabilité dans les fautes
:
c. Doù le jeu sur les tonalités pour entraîner ladhésion du lecteur :
- Appel au pathétique pour lémouvoir : rôle de la fatalité par exemple
- Lyrisme pour le séduire
- Drôlerie pour le détendre : noter tout de même lambiguïté de
lironie quand Rousseau se compare à Hannibal, se voit en maréchal ou en
" paladin dans les formes "
Rousseau dit se méfier des mots, mais il sait les utiliser pour donner plus
dimpact à son argumentation. Il accumule dailleurs souvent on la
vu les procédés stylistiques pour peser davantage sur le lecteur. Le lecteur doit
certes juger sur pièces, mais Rousseau ne peut sempêcher dutiliser la
fonction impressive du langage pour diriger son choix.
Concl.
- Synthèse de chacun des axes + synthèse totale
- Ouverture : sur les enjeux de
toute autobiographie, à savoir le plaisir décrire et ladresse à un public
qui recevra autant la forme que le contenu.
- Phrase conclusive : sur
lidée que sans la forme, le contenu na aucune portée.
Exemple d'introduction : un seul §
- Introduire le contexte qui permet de comprendre la
citation (accroche) :
Rousseau manifeste très nettement, dans le préambule au Manuscrit de Neufchâtel, sa
détermination à éviter les pièges de la création littéraire. Il prétend ainsi ne
donner dans Les Confessions quun " portrait ", et non un
" livre ".
- Introduire la
citation et dégager la problématique : La même idée prévaut dans LEmile où il sécrie : " Les choses ! Les choses ! Je ne répéterai jamais
assez que nous donnons trop de pouvoir aux mots. ". Rousseau ne veut donc pas que la
rhétorique " farde " la vérité. Quen est-il exactement dans Les
Confessions ?
- Annoncer le plan en insistant
sur la progression logique : Sil est vrai que Rousseau semble
vouloir se tenir dans cette autobiographie à la stricte relation des faits, refusant
tout " ornement " conscient, 1ère partie) il nen est pas moins évident que la rhétorique est très
présente tout au long des Confessions (2ème partie). Rousseau ne néglige dailleurs aucun artifice littéraire
pour convaincre le lecteur de sa bonne foi, sinon de son innocence. (3ème partie)
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