Sujet :
D'après la comédie du XVIIIème siècle que vous avez lue, qui, du maître ou
du valet, est selon vous le plus dépendant de l'autre ?
Problématique:
Elle est définie clairement par le sujet : Qui est le plus
soumis à une autorité ? Qui a le plus besoin de lautre ?
Plan :
Intr.
Introduire le
contexte qui permet de comprendre la citation (accroche)
Introduire
la citation et dégager la problématique Annoncer le plan en insistant sur la progression logique :
(1ère partie)(2ème partie)(3ème partie)
1. Le valet semble a priori très
dépendant de son maître :
A.
Cest ce que font apparaître les évocations du hors-scène :
a)
Il appartient à son maître :
-Iphicrate
est le « patron » dArlequin (sc.1). Né et élevé dans la maison du
maître, Arlequin est sous son autorité et a un devoir envers lui : son père lui
avait « recommandé [ce] devoir en partant » (sc.9).
-Il
est donc contraint de voyager avec son maître et de subir les mêmes infortunes.
-Il
ne peut se démarquer de lui : lhistoire du maître est ressentie comme la
sienne puisquil déclare « nous deviendrons maigres, étiques, et puis
morts de faim ». Il ajoute « voilà (
) notre histoire »
(sc.1).
-Toujours
dans lombre du maître, il est constamment à son service : Cléanthis est dans
la chambre de sa maîtresse pour lui fournir tout ce quelle demande, les gants par
exemple (sc.3). De même, Iphicrate, devenu esclave, doit-il rester dans lombre du
nouveau maître pour apporter des sièges. Du reste, les nouveaux esclaves ne doivent se
retirer quà « dix pas ».
b) Il est ainsi tributaire
de lhumeur du maître, de sa volonté :
-Le
maître le considère comme peu important : Euphrosine, qui cache sa coquetterie aux
autres, la dévoile sans pudeur à son esclave lorsquelle met un corset sous son
déshabillé.
-Il
entend régler lhumeur de son esclave : Arlequin « ordonne de la
joie » à son nouveau valet (sc.5).
-Il
récompense son esclave par des « bontés » si ce dernier se comporte bien
(cf. épisode des compliments dans la sc. 3) ou sil est simplement obéissant (cf.
la réplique dArlequin à la sc.2).
-Mais
le plus souvent, il le maltraite : injures (la « liste » dont parle
Cléanthis dans la sc.3) et coups (gourdin, épée, étrivières, évoqués aux sc.1 et
9).
-Le
maître considère son valet comme nayant pas lâge de raison : il est
pour lui un « enfant » dont il faut faire léducation (sc.9)
Rapport très classique de
dépendance : le valet est entièrement soumis à son maître, qui détient
lautorité
B.
Il a aussi besoin du maître sur lîle :
a)
Il a besoin du maître en raison du renversement de situation :
-Il
lui faut un esclave à son tour pour assouvir sa vengeance : Cléanthis refuse de
renvoyer les nouveaux esclaves à la sc. 6 car ils sont leur « suite »,
prouvant par là quArlequin et Cléanthis sont bien maîtres à leur tour.
-Tout
ce quil sait, il le tient du maître : le maître lui a appris un langage
soutenu, voire précieux, ainsi quun comportement quil reproduit à merveille
(sc.6, 9 et 10)
-Il
faut que le maître joue le jeu du renversement de situation pour quil
soit réellement le nouveau maître : or, à la sc.8, Euphrosine gêne Arlequin car elle
continue à adopter un ton paternaliste, lappelant « mon enfant ».
Cest ainsi elle qui mène le jeu
b) Il a besoin du maître
car il justifie son existence :
-Arlequin
ne serait pas Arlequin, le zanni, sans son maître aux dépens de qui il amuse le
public : les libertés quil prend dans la sc.1, riant, chantant, reprenant de
façon ironique les termes de son maître, nécessitent la présence de ce dernier.
-Cléanthis
a besoin de la présence de sa maîtresse pour assouvir sa vengeance dans la sc.3 :
cest dailleurs à elle quelle sadresse lorsquelle commence
la série des saynètes qui mettent en scène son hypocrisie. Sans la présence
dEuphrosine le jeu naurait pas la même saveur : Trivelin le sait, qui
contraint lancienne maîtresse à rester.
-Mais
Cléanthis dépend aussi de Trivelin, substitut du maître puisquil représente la
république des insulaires : à la sc.3, cest pour le « divertir »
quelle monopolise la parole avec brio. Elle a besoin dun public pour exister.
Même après
avoir endossé lhabit de maître, lesclave reste tributaire de son maître, ne
parvenant pas réellement à
une réelle indépendance.
2. Mais linversion des
rôles rend les maîtres dépendants à leur tour :
A.
Avant linversion des rôles, le maître a déjà naturellement besoin de
lesclave :
a)
Pour le servir et pour paraître :
-Euphrosine
apparaît incapable de pourvoir seule à sa toilette puisquelle demande des gants à
Cléanthis (sc.3). Cette dernière, en tant que suivante, doit aider sa maîtresse dans sa
toilette
-Les
valets témoignent par leur seule présence de limportance du maître :
cest en partie pour cela que Cléanthis exige la présence des nouveaux esclaves à
la sc.6. « Pouvons-nous être sans eux. Cest notre suite. »
avoue-t-elle.
-Cest
pourquoi le maître a besoin dune société qui justifie sa puissance :
Iphicrate à la sc.1 veut retrouver ses amis car, sans eux, Arlequin devient dangereux. Le
rapport de domination nest possible que parce que les maîtres sont solidaires.
b) Pour trouver une solution
à ses problèmes :
- Iphicrate
ressemble fort au jeune Octave des Fourberies de Scapin (1671) qui, dès
louverture de la pièce, supplie le valet Scapin de résoudre son problème. Sa
première intervention est un appel au secours. Cest vers son esclave quil se
tourne dans le malheur.
-Son
attitude est ensuite calquée sur celle de son esclave : lorsque celui-ci
saffranchit avec de plus en plus de désinvolture, il se fait de plus en plus
humble, utilisant des termes hypocoristiques comme « mon cher Arlequin »,
employé à deux reprises dans la sc.1. Il nhésite pas à le « prier »
davancer. Arlequin souligne dailleurs ironiquement le caractère surprenant de
cette déférence.
-Après
léchec de cette stratégie de séduction, il revient à la colère, tirant son
épée contre son esclave. Ceci aussi est un aveu de sa dépendance.
B.
Du fait de linversion des rôles dans lîle :
a)
Le programme de Trivelin, exposé à la sc.2, définit clairement cette dépendance :
-Il
prévoit que les anciens maîtres soient au service de leurs propres esclaves
-Il
prévoit que ce sont les anciens esclaves qui décideront de leur sort au bout des trois
ans du « cours dhumanité ». Sils sont contents deux, les
maîtres sont renvoyés. Sinon, ils sont mariés à une des « citoyennes » de
lîle.
-La
liberté leur est bel et bien ôtée puisque Trivelin les met en en garde contre une
« fortune plus mauvaise » sils essaient de se sauver. La menace de mort,
coutume des origines de la république, perdure en quelque sorte.
-Euphrosine
dépend aussi de la gentillesse de Trivelin dans un premier temps car il modère les
ardeurs de son ancienne esclave (sc.3) et essaie de la consoler (sc.4).
b) Ils sont ainsi soumis
contre leur gré à des épreuves :
-Il
doivent endurer celle des portraits dabord. Euphrosine demande la permission de se
retirer mais ne lobtient pas (sc.3). Les anciens maîtres ne sont certes pas privés
du droit de réponse mais cest pour convenir que les portraits sont
justes : ils le font de mauvais gré car ils sont poussés dans leurs retranchements
par Trivelin.
-Il
doivent endurer ensuite celle de la parodie de leur comportement à la sc.6 : là
encore ils sont humiliés sans pouvoir rien faire, contraints par leurs esclaves
dêtre des spectateurs. Leurs « gestes détonnement et de
douleur », soulignés par une didascalie, montrent quils sont impuissants,
complètement dépendants du bon vouloir de leurs anciens esclaves.
-Il
doivent enfin endurer celle de la mésalliance forcée. A la sc.7, Cléanthis ordonne à
Euphrosine dêtre sensible à lamour dArlequin : Euphrosine ne peut
que se lamenter et « rêver ». A la sc.9, cest au tour dArlequin
de « faire commandement » à son maître daimer lancienne
esclave. Iphicrate doit alors tenter de détourner Arlequin de cette idée.
Le
retournement de situation initial, qui place les maîtres en position de valets, et
vice-versa, les rend à leur tour non seulement dépendants du bon vouloir des nouveaux
maîtres, mais aussi de celui du maître suprême, à savoir Trivelin
3. En fait, au dénouement,
chacun accède à la liberté :
A.
Chacun sengage à reconnaître la liberté de lautre :
a)
Le nouveau rapport instauré par Arlequin :
-Cela
commence à la sc.8 où Arlequin semble avoir perdu tout pouvoir, y compris celui de la
parole : il est ici contraint de céder non par la violence, mais à cause de la
douceur et de la tristesse dEuphrosine. Un nouveau rapport sinstaure, plus
égalitaire.
-A
la sc.9, ce changement se confirme face à Iphicrate, quil ne se résout pas à
faire souffrir non plus. Dans un premier temps, il rend sa liberté à son maître sans
pour autant renoncer à la sienne. Lalternative quil propose est de le
renvoyer à Athènes ou de le garder comme ami. Le rapport instauré est toujours
égalitaire.
-Dans
un second temps, il rend de son plein gré son statut de maître à Iphicrate : il
reprend le vouvoiement et lappellation « patron » et endosse à nouveau
ses habits de zanni. Il accepte de redevenir esclave, mais sur lîle.
-Cependant,
le « patron » refuse dendosser le rôle restitué puisquil clôt
la scène par « Fais ce que tu voudras. »
b) Cette attitude influe sur
le comportement de Cléanthis et dEuphrosine :
-Cléanthis
use une dernière fois de la liberté de parole qui lui est dévolue pour mettre en
accusation toute la société qui considèrent les valets comme des « vers de
terre », les tenant sous leur dépendance (sc.10).
-Après
quoi, elle peut imiter Arlequin en rendant sa liberté à sa maîtresse :
« Faites comme vous voudrez » lui dit-elle.
- Elle
semble même aller plus loin quArlequin puisquelle envisage la possibilité de
rentrer avec sa maîtresse, prenant le risque de subir les mêmes outrages que par le
passé.
-
Euphrosine
est entraînée dans ce mouvement de reconnaissance de lautre comme personne libre.
Comme Iphicrate, elle refuse de redevenir la maîtresse quelle était. Elle va même
plus loin que lui puisquelle refuse de voir en Cléanthis une esclave et lui propose
de partager tous ses biens, de retour à Athènes.
B.
La vraie liberté est celle du cur :
a)
Linversion des rôles a mis en évidence une autre sorte de dépendance, celle du
milieu social :
-Les
valets ont montré que leur dépendance nest due quaux circonstances :
Arlequin le souligne dès la fin de la sc.1 et Cléanthis se demande si ce nest pas
le hasard qui « fait tout » à la sc.6
-Dautre
part, devenus maîtres, ils se laissent aller aux mêmes défauts que leurs maîtres.
Cléanthis se montre aussi dure vis à vis dEuphrosine que celle-ci létait à
Athènes (sc.7) et Arlequin se dit obligé à linsolence « à cause
qu[il est ] le maître » (sc.5).
-Le
véritable piège pour la liberté est donc le regard dune société fondée sur le
paraître : le regard des autres oblige à mettre les plus faibles sous son
autorité. Euphrosine et Iphicrate jouaient aux maîtres pour les autres maîtres.
Cléanthis et Arlequin le faisaient aussi pour un public : essentiellement pour
Trivelin.
b) Le rôle du cur et
la raison :
-Arlequin
a toujours une distance critique, qui le rend maître de lui. Il fait toujours preuve de
lucidité et ne cesse de démasquer la comédie. A la sc.6, il le fait par le
rire qui souligne quil a conscience dêtre ridicule en jouant au maître et
par son appréciation sur son jeu lorsquil se définit comme « aussi
bouffon » que son maître.
-Lexercice
de la maîtrise lui a permis de comprendre son maître. Il conclut que la fonction
commande le comportement : « si javais été votre pareil, je
naurais peut-être pas mieux valu que vous », dit-il à la sc.9.
-Cet
exercice de la raison conduit au pardon, attitude qui rend à chacun sa liberté :
chacun est devenu légal de lautre grâce aux sentiments. Cest pourquoi
le dénouement se conclut par des larmes et des embrassades générales.
-Dabord
manipulés par celui quils prennent pour le nouveau maître, esclaves et
maîtres sont devenus dignes dêtre les « citoyens » de la république
de Trivelin.
Concl.
Faire la synthèse de chacun des axes Ouverture Phrase conclusive (ou chute)
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