Dans L'Île des esclaves de Marivaux, qui est le plus dépendant ?

Sujet :

D'après la comédie du XVIIIème siècle que vous avez lue, qui, du maître ou du valet, est selon vous le plus dépendant de l'autre ?

Problématique:

Elle est définie clairement par le sujet : Qui est le plus soumis à une autorité ? Qui a le plus besoin de l’autre ?

Plan :

Bullet1.gif (122 octets) Intr.

Bullet6.gif (79 octets) Introduire le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) Bullet6.gif (79 octets) Introduire la citation et dégager la problématique Bullet6.gif (79 octets) Annoncer le plan en insistant sur la progression logique : (1ère partie)(2ème partie)(3ème partie)

1. Le valet semble a priori très dépendant de son maître :

A. C’est ce que font apparaître les évocations du hors-scène :

a) Il appartient à son maître :

-Iphicrate est le « patron » d’Arlequin (sc.1). Né et élevé dans la maison du maître, Arlequin est sous son autorité et a un devoir envers lui : son père lui avait « recommandé [ce] devoir en partant » (sc.9).

 

-Il est donc contraint de voyager avec son maître et de subir les mêmes infortunes. 

 

-Il ne peut se démarquer de lui : l’histoire du maître est ressentie comme la sienne puisqu’il déclare « nous deviendrons maigres, étiques, et puis morts de faim ». Il ajoute « voilà (…) notre histoire » (sc.1).

-Toujours dans l’ombre du maître, il est constamment à son service : Cléanthis est dans la chambre de sa maîtresse pour lui fournir tout ce qu’elle demande, les gants par exemple (sc.3). De même, Iphicrate, devenu esclave, doit-il rester dans l’ombre du nouveau maître pour apporter des sièges. Du reste, les nouveaux esclaves ne doivent se retirer qu’à « dix pas ».

b) Il est ainsi tributaire de l’humeur du maître, de sa volonté :

-Le maître le considère comme peu important : Euphrosine, qui cache sa coquetterie aux autres, la dévoile sans pudeur à son esclave lorsqu’elle met un corset sous son déshabillé.

-Il entend régler l’humeur de son esclave : Arlequin « ordonne de la joie » à son nouveau valet (sc.5).

-Il récompense son esclave par des « bontés » si ce dernier se comporte bien (cf. épisode des compliments dans la sc. 3) ou s’il est simplement obéissant (cf. la réplique d’Arlequin à la sc.2).

-Mais le plus souvent, il le maltraite : injures (la « liste » dont parle Cléanthis dans la sc.3) et coups (gourdin, épée, étrivières, évoqués aux sc.1 et 9).

-Le maître considère son valet comme n’ayant pas l’âge de raison : il est pour lui un « enfant » dont il faut faire l’éducation (sc.9)

Bullet7.gif (140 octets)  Rapport très classique de dépendance : le valet est entièrement soumis à son maître, qui détient l’autorité

B. Il a aussi besoin du maître sur l’île :

a) Il a besoin du maître en raison du renversement de situation :

-Il lui faut un esclave à son tour pour assouvir sa vengeance : Cléanthis refuse de renvoyer les nouveaux esclaves à la sc. 6 car ils sont leur « suite », prouvant par là qu’Arlequin et Cléanthis sont bien maîtres à leur tour.

-Tout ce qu’il sait, il le tient du maître : le maître lui a appris un langage soutenu, voire précieux, ainsi qu’un comportement qu’il reproduit à merveille (sc.6, 9 et 10)

-Il faut que le maître joue le jeu du renversement de situation pour qu’il soit réellement le nouveau maître : or, à la sc.8, Euphrosine gêne Arlequin car elle continue à adopter un ton paternaliste, l’appelant « mon enfant ». C’est ainsi elle qui mène le jeu

b) Il a besoin du maître car il justifie son existence :

-Arlequin ne serait pas Arlequin, le zanni, sans son maître aux dépens de qui il amuse le public : les libertés qu’il prend dans la sc.1, riant, chantant, reprenant de façon ironique les termes de son maître, nécessitent la présence de ce dernier.

-Cléanthis a besoin de la présence de sa maîtresse pour assouvir sa vengeance dans la sc.3 : c’est d’ailleurs à elle qu’elle s’adresse lorsqu’elle commence la série des saynètes qui mettent en scène son hypocrisie. Sans la présence d’Euphrosine le jeu n’aurait pas la même saveur : Trivelin le sait, qui contraint l’ancienne maîtresse à rester.

-Mais Cléanthis dépend aussi de Trivelin, substitut du maître puisqu’il représente la république des insulaires : à la sc.3, c’est pour le « divertir » qu’elle monopolise la parole avec brio. Elle a besoin d’un public pour exister.

Bullet7.gif (140 octets) Même après avoir endossé l’habit de maître, l’esclave reste tributaire de son maître, ne parvenant pas réellement à une réelle indépendance.

2. Mais l’inversion des rôles rend les maîtres dépendants à leur tour :

A. Avant l’inversion des rôles, le maître a déjà naturellement besoin de l’esclave :

a) Pour le servir et pour paraître :

-Euphrosine apparaît incapable de pourvoir seule à sa toilette puisqu’elle demande des gants à Cléanthis (sc.3). Cette dernière, en tant que suivante, doit aider sa maîtresse dans sa toilette

-Les valets témoignent par leur seule présence de l’importance du maître : c’est en partie pour cela que Cléanthis exige la présence des nouveaux esclaves à la sc.6. « Pouvons-nous être sans eux. C’est notre suite. » avoue-t-elle.

-C’est pourquoi le maître a besoin d’une société qui justifie sa puissance : Iphicrate à la sc.1 veut retrouver ses amis car, sans eux, Arlequin devient dangereux. Le rapport de domination n’est possible que parce que les maîtres sont solidaires.

b) Pour trouver une solution à ses problèmes :

- Iphicrate ressemble fort au jeune Octave des Fourberies de Scapin (1671) qui, dès l’ouverture de la pièce, supplie le valet Scapin de résoudre son problème. Sa première intervention est un appel au secours. C’est vers son esclave qu’il se tourne dans le malheur.

-Son attitude est ensuite calquée sur celle de son esclave : lorsque celui-ci s’affranchit avec de plus en plus de désinvolture, il se fait de plus en plus humble, utilisant des termes hypocoristiques comme « mon cher Arlequin », employé à deux reprises dans la sc.1. Il n’hésite pas à le « prier » d’avancer. Arlequin souligne d’ailleurs ironiquement le caractère surprenant de cette déférence.

-Après l’échec de cette stratégie de séduction, il revient à la colère, tirant son épée contre son esclave. Ceci aussi est un aveu de sa dépendance.

B. Du fait de l’inversion des rôles dans l’île :

a) Le programme de Trivelin, exposé à la sc.2, définit clairement cette dépendance :

-Il prévoit que les anciens maîtres soient au service de leurs propres esclaves

-Il prévoit que ce sont les anciens esclaves qui décideront de leur sort au bout des trois ans du « cours d’humanité ». S’ils sont contents d’eux, les maîtres sont renvoyés. Sinon, ils sont mariés à une des « citoyennes » de l’île. 

-La liberté leur est bel et bien ôtée puisque Trivelin les met en en garde contre une « fortune plus mauvaise » s’ils essaient de se sauver. La menace de mort, coutume des origines de la république, perdure en quelque sorte.

-Euphrosine dépend aussi de la gentillesse de Trivelin dans un premier temps car il modère les ardeurs de son ancienne esclave (sc.3) et essaie de la consoler (sc.4).

b) Ils sont ainsi soumis contre leur gré à des épreuves :

-Il doivent endurer celle des portraits d’abord. Euphrosine demande la permission de se retirer mais ne l’obtient pas (sc.3). Les anciens maîtres ne sont certes pas privés du droit de réponse mais c’est pour convenir que les portraits sont justes : ils le font de mauvais gré car ils sont poussés dans leurs retranchements par Trivelin.

-Il doivent endurer ensuite celle de la parodie de leur comportement à la sc.6 : là encore ils sont humiliés sans pouvoir rien faire, contraints par leurs esclaves d’être des spectateurs. Leurs « gestes d’étonnement et de douleur », soulignés par une didascalie, montrent qu’ils sont impuissants, complètement dépendants du bon vouloir de leurs anciens esclaves.

-Il doivent enfin endurer celle de la mésalliance forcée. A la sc.7, Cléanthis ordonne à Euphrosine d’être sensible à l’amour d’Arlequin : Euphrosine ne peut que se lamenter et « rêver ». A la sc.9, c’est au tour d’Arlequin de « faire commandement » à son maître d’aimer  l’ancienne esclave. Iphicrate doit alors tenter de détourner Arlequin de cette idée.

Bullet7.gif (140 octets) Le retournement de situation initial, qui place les maîtres en position de valets, et vice-versa, les rend à leur tour non seulement dépendants du bon vouloir des nouveaux maîtres, mais aussi de celui du maître suprême, à savoir Trivelin

3. En fait, au dénouement, chacun accède à la liberté :

A. Chacun s’engage à reconnaître la liberté de l’autre :

a) Le nouveau rapport instauré par Arlequin :

-Cela commence à la sc.8 où Arlequin semble avoir perdu tout pouvoir, y compris celui de la parole : il est ici contraint de céder non par la violence, mais à cause de la douceur et de la tristesse d’Euphrosine. Un nouveau rapport s’instaure, plus égalitaire.

-A la sc.9, ce changement se confirme face à Iphicrate, qu’il ne se résout pas à faire souffrir non plus. Dans un premier temps, il rend sa liberté à son maître sans pour autant renoncer à la sienne. L’alternative qu’il propose est de le renvoyer à Athènes ou de le garder comme ami. Le rapport instauré est toujours égalitaire.

-Dans un second temps, il rend de son plein gré son statut de maître à Iphicrate : il reprend le vouvoiement et l’appellation « patron » et endosse à nouveau ses habits de zanni. Il accepte de redevenir esclave, mais sur l’île.

-Cependant, le « patron » refuse d’endosser le rôle restitué puisqu’il clôt la scène par « Fais ce que tu voudras. »

b) Cette attitude influe sur le comportement de Cléanthis et d’Euphrosine :

-Cléanthis use une dernière fois de la liberté de parole qui lui est dévolue pour mettre en accusation toute la société qui considèrent les valets comme des « vers de terre », les tenant sous leur dépendance (sc.10).

-Après quoi, elle peut imiter Arlequin en rendant sa liberté à sa maîtresse : « Faites comme vous voudrez » lui dit-elle.

- Elle semble même aller plus loin qu’Arlequin puisqu’elle envisage la possibilité de rentrer avec sa maîtresse, prenant le risque de subir les mêmes outrages que par le passé. 

- Euphrosine est entraînée dans ce mouvement de reconnaissance de l’autre comme personne libre. Comme Iphicrate, elle refuse de redevenir la maîtresse qu’elle était. Elle va même plus loin que lui puisqu’elle refuse de voir en Cléanthis une esclave et lui propose de partager tous ses biens, de retour à Athènes.

B. La vraie liberté est celle du cœur :

a) L’inversion des rôles a mis en évidence une autre sorte de dépendance, celle du milieu social :

-Les valets ont montré que leur dépendance n’est due qu’aux circonstances : Arlequin le souligne dès la fin de la sc.1 et Cléanthis se demande si ce n’est pas le hasard qui « fait tout » à la sc.6

-D’autre part, devenus maîtres, ils se laissent aller aux mêmes défauts que leurs maîtres. Cléanthis se montre aussi dure vis à vis d’Euphrosine que celle-ci l’était à Athènes (sc.7) et Arlequin se dit obligé à l’insolence « à cause qu’[il est ] le maître » (sc.5).

-Le véritable piège pour la liberté est donc le regard d’une société fondée sur le paraître : le regard des autres oblige à mettre les plus faibles sous son autorité. Euphrosine et Iphicrate jouaient aux maîtres pour les autres maîtres. Cléanthis et Arlequin le faisaient aussi pour un public : essentiellement pour Trivelin.

b) Le rôle du cœur et la raison :

-Arlequin a toujours une distance critique, qui le rend maître de lui. Il fait toujours preuve de lucidité et ne cesse de démasquer la comédie. A la sc.6, il le fait par le rire qui souligne qu’il a conscience d’être ridicule en jouant au maître et par son appréciation sur son jeu lorsqu’il se définit comme « aussi bouffon » que son maître.

-L’exercice de la maîtrise lui a permis de comprendre son maître. Il conclut que la fonction commande le comportement : « si j’avais été votre pareil, je n’aurais peut-être pas mieux valu que vous », dit-il à la sc.9.

-Cet exercice de la raison conduit au pardon, attitude qui rend à chacun sa liberté : chacun est devenu l’égal de l’autre grâce aux sentiments. C’est pourquoi le dénouement se conclut par des larmes et des embrassades générales.

-D’abord manipulés par celui qu’ils prennent pour le nouveau maître, esclaves et maîtres sont devenus dignes d’être les « citoyens » de la république de Trivelin.

Bullet1.gif (122 octets)Concl.

            Bullet6.gif (79 octets) Faire la synthèse de chacun des axes Bullet6.gif (79 octets) Ouverture  Bullet6.gif (79 octets) Phrase conclusive (ou chute) 

Une portée révolutionnaire ?  

Une portée révolutionnaire ? (bis)  

Comédie et portée didactique  

Ressemblances entre maîtres et valets  

La finesse des valets  

L'influence des valets   

Le valet maître du jeu  

Un genre adapté à la problématique   

Le valet vengeur