Sujet : Pourquoi la comédie se
prête-t-elle particulièrement à la confrontation de ces deux catégories sociales du
XVIIIème siècle, maîtres et serviteurs ?
Problématique : Le sujet se présente sous la forme d'une question partielle -> plan non pas
dialectique., mais analytique : les causes de la mise en scène du conflit dans la
comédie (rire, légèreté
)
Plan
Intr.
Introduire le
contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) : la tradition du
valet, personnage de comédie depuis lAntiquité
Dégager la problématique
: pourquoi, et précisément au XVIIIème ?
Annoncer le plan en insistant sur la progression logique :
(1ère partie)(2ème partie(3ème partie)
1. Le valet est par essence un personnage de
comédie :
A. La
tradition le prouve :
a) La comédie (ou comdia) antique présentait déjà
des esclaves :
- Personnages
stéréotypés :
Présence
physique très forte : cabrioles, course. Masque : rides marquées, sourcils froncés, tignasse rousse (rusé et fourbe)
-Incontournables :Aident les
jeunes gens dans la réalisation de leurs projets amoureux .Pour cela
sopposent aux pères, leurs maîtres, vieillards un peu bornés : donc
ingénieux et insolents, comme Liban et Leonidas dans Asinaria de Plaute
(IIIème siècle av. J.C.)
-Cette
opposition maître / valet fait rire car elle repose sur une inversion du pouvoir :
en parallèle avec celle permise à Rome pendant les Saturnales (fin décembre)
b
) La commedia dellarte va continuer cette tradition du
valet comique :
- Même
canevas (de jeunes amoureux aidés par des valets rusés et entreprenants) : canevas
libre qui permet limprovisation gestuelle et de langage (lazzi)
- Doù
une série de valets (zanni) qui font rire : surtout le balourd Arlequin et
lingénieux Brighella, mais aussi Scapino, ou encore Piero, variante
honnête et sentimentale qui a donné naissance à Pierrot
- Là encore
on rit de la confrontation -> inversion carnavalesque
c) Molière enfin :
-Reprend
cette tradition italienne avec son Scapin, qui aide son jeune maître tout en le
bousculant, se moque des vieux barbons, et joue un dernier tour en feignant dêtre
mort (Les Fourberies de Scapin).
- Sganarelle
est aussi intéressant dans son rapport avec son maître, entre fascination et répulsion
devant le libertinage de son maître (cf. le portrait quil en fait à
louverture de Dom Juan)
B. Le
valet ne saurait dailleurs convenir à la tragédie :
a) Le personnage de la
tragédie doit être de noble origine :
- Les
personnages principaux sont issus de lhistoire ou de la mythologie, tels Bérénice
ou Phèdre
- Leurs
confidents sont des personnages de condition un peu inférieure : jamais des
domestiques
- Le valet
est donc un personnage trop commun pour la tragédie : au bas de léchelle
sociale
b) Le langage du valet ne peut donc
convenir à la tragédie :
- Un langage
fruste : « oui da » (sc. 6)
- Emaillé
de jurons comme « palsambleu » ou de chansons (sc.1, 5)
-Avec des fautes de
syntaxe (« à cause que je suis le maître » sc.5) ou des
pléonasmes (« fin finale », sc.11)
- Alors que
la tragédie exige un langage soutenu
c) Son attitude vulgaire, non
plus :
- La flasque
de vin à la ceinture
- Gesticulations
excessives, lazzis : Arlequin « saut[e] de joie », fait de « grandes révérences à Cléanthis », « danse », « rit de toute sa
force »
- Alors que
la tragédie exige de la retenue
Une comédie ne peut donc
guère se concevoir sans le personnage du valet, savoureux par sa balourdise ou par son
ingéniosité insolente.
2. De plus, linversion des
rôles, propre au XVIIIème, est source de comique :
A. La
confrontation fait déjà surgir le rire par le spectacle de la différence :
a) Un contraste dans les
costumes qui fait rire dès louverture de la pièce :
- Au
raffinement dIphicrate, quon peut supposer, soppose la grossièreté de
lhabit traditionnel dArlequin, fait de pièces bariolées, donc voyant
-Opposition
aussi assez drôle des attributs : à lépée dIphicrate soppose la
flasque de vin brandie par Arlequin
b) Contraste dans les
attitudes -> comique de caractère
- Arlequin
manifeste toujours bruyamment ses émotions : siffle, chante et rit (sc.1 et
sc.6) / Il aime boire et abuse du bon vin (début de la sc.5) Þ personnage assez primaire
-Alors que
son maître sefforce dêtre « civil et poli » (sc.1)
- Même
opposition drôle entre la logorrhée de Cléanthis et le mutisme dEuphrosine à la
sc.3
c) Contraste dans le langage ->
comique verbal
- Arlequin
facilement grossier (« je men goberge », sc.6) alors que son
maître utilise des formes verbales comme le subjonctif imparfait ou des rythmes
ternaires, très rhétoriques (sc.9)
- Laffrontement
permet de concevoir le dialogue comme une joute verbale : reprises de mots permises
par la confrontation (comme le jeu sur le verbe « plaindre », sc.1) ou
stichomythie (sc.7 ou 8) créent un rythme allègre
B.
Linversion carnavalesque fait naître un comique de situation:
a) Par le contraste
entre lhabit endossé et le langage ou lattitude :
- Arlequin
gambadant ou riant avec excès dans son costume Régence de maître (sc.6)
- Cléanthis
et son onomatopée un peu familière (« crac », sc.3) alors quelle est
vêtue des atours de sa maîtresse
- Les
maîtres très empruntés dans leurs habits desclaves à la sc.6 : Iphicrate,
bariolé, prend un air pincé
b) Le retournement de situation
crée des situations savoureuses :
- Arlequin
saffranchissant de son maître avec une insolence de plus en plus marquée (sc.1)
- Alors
quIphicrate a du mal à contenir sa colère
- Laccès
à la parole grâce à linversion conduit Cléanthis à en abuser de façon amusante
(cf. Trivelin et ses difficultés à la faire taire)
- Cf.
aussi le burlesque de la sc.6, dû à linversion des rôles
c) Une situation qui
provoque quelques méprises cocasses :
- Arlequin
cédant à son instinct dobéissance, puis le réfrénant aussitôt en se rappelant
quil sappelle Iphicrate (sc. 2)
- Euphrosine
demandant quel est lIphicrate qui éprouve un penchant pour elle (sc. 7)
- Cependant
pas de quiproquos, source aussi de rire, comme dans les autres pièces de Marivaux ou dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais
Si la
confrontation fait rire par lécart des conditions sociales quelle met à
jour, cest surtout le renversement des rôles qui engendre des situations drôles.
3. Enfin la comédie permet de
faire passer un message sans trop déranger :
A.
L inversion est satirique :
a)
Elle fait de la pièce une comédie de murs assez fine :
- La
pièce fait la satire du style Régence : Satire
des coquettes à travers le portrait dEuphrosine, mais aussi par lattitude de
Cléanthis. Satire
des petits maîtres libertins à travers Iphicrate.
- Satire
du poids de la société qui pervertit lhomme : Dès
quils endossent lhabit de leurs maîtres, les esclaves endossent aussi leurs
défauts. Arlequin
se doit dêtre « un brin insolent, à cause qu[il est]le
maître » (sc.5). Il
avoue que sil avait été à la place du maître, il
naurait « peut-être pas mieux valu que [lui] » (sc. 9). Cf.
aussi son aveu de la sc.6 : « nous sommes aussi bouffons que nos
patrons ».
- Dénonciation
aussi dun rapport de forces qui aboutira à la révolution : le valet opposé
au maître est le porte-parole du bourgeois que veut dominer le noble
b) « Castigat ridendo
mores » :
- Le
rire corrige les maîtres : Trivelin prétend guérir les maîtres de leurs défauts
par le spectacle de leurs ridicules. Le
ridicule des portraits est insupportable pour Euphrosine qui demande à y échapper /
Iphicrate le craint aussi Le
ridicule de la scène damour sajoute à la 1ère épreuve. Importance
du ridicule dans une société fondée sur le paraître.
- Mais
il corrige aussi les valets : La
1ère étape vers le pardon = prise de conscience par Arlequin dêtre
ridicule en maître (« Nous sommes aussi bouffons que nos patrons », sc.6). Conscience
de nêtre pas à sa place (le vêtement de maître est « trop
grand ») qui le conduit à reprendre la sienne.
-Il
corrige surtout le public : Qui
prend ses distances avec les personnages puisquil ne sagit que dune
fable qui se donne à voir comme telle. Et
qui peut alors rire du miroir quon lui offre puisquil nest pas
directement visé, tout en prenant acte du ridicule de ses défauts.
B.
Et porteuse dune leçon :
a)
Comme elle est une dénonciation de la société par le rire :
-Elle
dénonce une société hiérarchisée où lon abuse du pouvoir : évocation de
la cruauté des maîtres
- Elle
dénonce aussi une société du paraître qui étouffe la vérité des êtres :
évocation de lattitude mondaine dEuphrosine
- Mais
toujours en provoquant le rire
b) Elle est une incitation
souriante à plus dhumanisme :
-Sinon
à une égalité parfaite : les maîtres et les valets reprennent leurs places (la
société nest pas contestée jusquau bout)
- Du
moins à plus de respect de lautre : Respect
dArlequin pour la souffrance dEuphrosine ou dIphicrate.
Admiration
dIphicrate qui voit en Arlequin un « exemple » (sc. 10). Incitation
à toujours être « meilleur » que lautre : surenchère
dArlequin.
c) Et une invitation à
vivre en chrétien :
- La
contrition : aveu véritable de ses fautes
- Le
pardon après la pénitence (les épreuves) Þ conversion des curs
- abaisser
pour être élevé (St. Paul) : surenchère dArlequin
- amour
du prochain comme valeur suprême
C.
Mais sans brusquer le spectateur :
a)
Grâce aux jeux sur la temporalité :
-Au
temps des épreuves : considérablement réduit de trois ans à un jour Þ rien
dinquiétant (cf. encouragements et promesses de réduction de peine par Trivelin)
- Succède
celui de la joie : deux jours pour que « les plaisirs succèdent aux
chagrins » et les effacent
b) Grâce à son
dénouement :
- Tout
se finit bien : chacun retourne à sa place
- Il
se clôt par un divertissement chanté et dansé
- Qui
mêle légèreté et rappel du thème : celui du hasard de la naissance ¹ le mérite
c) Elle donne une leçon
avec le sourire :
- Jeu
de masques qui a révélé la vérité (comme toujours chez Marivaux) mais comme à
Carnaval
- Une
inversion si temporaire quelle nest pas menaçante
- Sur
un lieu qui exclut la réalité : le théâtre
- Mais
le frisson de la peur dune révolte des esclaves sera passé : avertissement
Le message
na pas la violence dun message révolutionnaire. Il est simplement une
invitation à « aménager » la société pour la rendre vivable : le
sourire y contribue. La confrontation ne pouvait donc avoir lieu que dans une comédie.
Concl.
Faire la synthèse de chacun des axes Ouverture Phrase conclusive (ou chute) |