Sujet : Marivaux
fait dire à l'un des valets de L'Ile des esclaves : " Nous autres
esclaves, nous sommes doués contre nos maîtres d'une pénétration... " En vous
appuyant sur la comédie que vous avez étudiée cette année, vous direz quelles
réflexions vous inspirent ces propos ?
Problématique : Il ny en a pas à proprement parler. Il
faut analyser les raisons de la perspicacité des esclaves, la manière dont elle
sexerce, ses conséquences et ses limites.
Intr.
Introduire
le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) :Le
rôle du valet dans la comédie du XVIIème siècle est souvent celui du
confident et il nest pas rare que la pièce souvre précisément sur les
confidences du maître à son valet pour lui demander de laider. Mais les esclaves
de Lîle des esclaves nont pas cette fonction
Introduire
la citation et dégager la problématique
Or Cléanthis affirme pouvoir analyser parfaitement le
comportement de sa maîtresse.
" Nous autres esclaves, nous sommes doués contre nos maîtres d'une
pénétration... " dit-elle à la scène 3. Les valets seraient donc plus
clairvoyants que leurs maîtres.
Annoncer le plan en insistant sur la progression logique :Dans la mesure où les esclaves donnent effectivement dans la pièce de multiples exemples de leur perspicacité, on peut se demander ce qui a permis à une telle clairvoyance de se déployer et ce qu’elle engendre.
Développement
1. La clairvoyance des valets sexerce
" contre " leurs maîtres :
A. Le regard pénétrant des valets sur leurs maîtres :
a. Celui de Cléanthis démasque non seulement son goût du
paraître, mais aussi ses motivations profondes :
-
Elle analyse ses comportements, décortiquant le comportement
de sa maîtresse en phases :
-
Mais elle les dénonce aussi, attaquant sa maîtresse :
-
Elle constate perfidement : " Oh ! dame, il
nest plus si aisé de me répondre " (sc.3, p. 33) pour signaler que
larrogance de la maîtresse en fonction du rapport de force
-
Elle accable Euphrosine de questions oratoires :
" Eh ! quavez-vous fait de lamour de ceux qui vous
aimaient ? vous voilà bien étourdie ! " pour signaler
légocentrisme de la maîtresse qui reçoit lamour comme un hommage mais sans
en donner en retour (sc. 8, p.60-61)
b. Celui dArlequin :
-
Clairvoyance qui le conduit à voir tous les défauts de
son maître :
-
Un maître évaporé, qui se garde bien dêtre raisonnable
car il considère la sagesse comme un défaut
-
" un petit brin moqueur ", " un
petit brin hâbleur "
-
Avare ou généreux toujours à contretemps
-
Galant pour être galant, sans se soucier réellement de sa
maîtresse, " quil ne connaît pas " (sc.5, p.50)
-
Un regard aussi acéré et efficace que celui de Cléanthis, mais
rapide : énumération sans analyse ni agressivité
c. Leur clairvoyance sétend à tous " les
honnêtes gens du monde " dont ils montrent la superficialité :
-
Rapide portrait du libertin à la scène 7, pour souligner en quoi
Arlequin soppose à eux
-
De même Arlequin dénonce les faux-semblants amoureux des
maîtres à la scène 6 : " vous ne maimez pas, sinon par
coquetterie, comme le grand monde "
B. Ils se servent de cette clairvoyance
" contre " leurs maîtres :
a. Arlequin débusque les faux-semblants de son maître et en joue
pour acquérir une autonomie :
-
Il analyse bien les réactions de son maître dans la scène 1 : " comme vous êtes civil et poli ; c’est l’air du pays qui fait cela " / allusion aux compliments qui s’oppose aux compliments " à coups de gourdin " souligne que l’arrogance du maître est dépendante du rapport de force
-
Il en joue : nonchalance accrue, voire insolence (siffle,
chante, nécoute plus le maître)
-
Il menace même : fin de la scène
b. Sa clairvoyance à légard de sa maîtresse permet aussi à
Cléanthis de la piéger sans quelle sen aperçoive :
-
Dans la tradition de la servante qui berne la maîtresse : Episode des compliments / Episode des vapeurs
-
Mais ici ce n’est pas pour en tirer un profit personnel, c’est pour dénoncer :
c. Cette clairvoyance conduit les valets à oser s’opposer aux maîtres :
-
Cette clairvoyance conduit les valets à oser s’opposer aux maîtres :
-
Arlequin se moque finement des subtilités de langage de son
maître : " tu mas battu par amitié " / " je
tai raillé par bonne humeur " (sc. 9)
La " pénétration " des valets à l’égard de leurs maîtres leur assure une supériorité dont ils savent se servir à l’occasion. or cette perspicacité vient du fait que ces derniers les ont ignorés en tant qu’êtres humains capables de réflexion.
2. Car ils sont les témoins privilégiés des faits et gestes de leurs maîtres :
A. Ce ne sont ni plus ni moins que des meubles :
a. On les considère souvent comme des enfants, donc incapables de
réflexion :
-
Euphrosine utilise le terme avec Arlequin (sc. 8), jouant sur les
sentiments (la pitié) plus que sur la raison
-
Iphicrate considère quil fallait
" corriger " physiquement Arlequin pour le corriger moralement Þ vertu éducative du châtiment corporel
-
Du reste, Arlequin, en position de maître, qualifie Iphicrate
de " bon enfant " (sc. 5) et entend léduquer :
" Jen ferai quelque chose "
-
Les valets ne sont donc pas perçus comme dangereux par les
maîtres
b. On les ignore, mais ils vivent dans le sillage du maître :
-
Iphicrate mentionne le lien étroit qui le lie à son esclave
" né et élevé avec [lui] dans la maison de [son] père "
-
Cléanthis mentionne elle aussi cette nécessaire présence des
valets près de leurs maîtres : " pouvons-nous être sans eux ?
cest notre suite. " (sc. 6)
-
Ils vivent donc dans lintimité des maîtres :
-
Seule Cléanthis, pour avoir habillé sa maîtresse, connaît
lexistence du " corset appétissant " sous le
" négligé "
-
Elle est là aussi quand la maîtresse reçoit la visite
dun galant dans sa chambre
-
Les maîtres ne prennent pas la peine de paraître devant
eux : ils leur révèlent donc ce quils sont, sans
" cérémonies " (sc. 3)
B. Ils peuvent ainsi démasquer leurs maîtres :
a. Ils regardent en silence : le récit des
portraits (sc.3) témoigne dune très grande attention
b. Ils imitent (sc.6) :
-
Restitution des gestes :
-
Demande des sièges pour " prendre lair assis " (p. 54), i.e. avoir lair de gens établis
-
Proposition de la promenade qui suit
-
Appel aux révérences (quArlequin a dailleurs déjà prodiguées à la fin de la sc.2)
-
Arlequin se mettant à genoux devant Cléanthis
-
Restitution du discours :
-
Accès à la préciosité du langage amoureux : " feux ", " flammes " au pluriel (sc. 6)
-
Accès à la rhétorique pour Arlequin : lart du parallèle et lutilisation du rythme ternaire (" Tu mas battu par amitié : puisque tu le dis, je te le pardonne. Je tai raillé par bonne humeur, prends-le en bonne part et fais-en ton profit " sc. 9)
-
Accès aussi à la rhétorique pour Cléanthis : jeux sur le rythme dans les portraits de la sc.6, interrogations oratoires
-
Une imitation qui, si elle témoigne dune grande clairvoyance, ne leur évite cependant pas de céder à une certaine fascination qui les conduit à les imiter pour se sentir maîtres à leur tour
Parce quils sont ignorés de
leurs maîtres, les valets peuvent les analyser à leur insu de façon très approfondie.
Si les valets traditionnels se contentaient de susciter le rire, ceux de Marivaux imitent,
ce qui est riche de conséquences.
3. Les conséquences de cette perspicacité :
A. La mise à nu très fine des travers des maîtres provoque
dabord le rire :
a. La satire pourrait être grinçante :
b. Mais le rire se veut thérapeutique :
B. La compréhension salvatrice :
a. Pour le valet, se mettre à la place des maîtres est
loccasion dêtre également clairvoyant envers soi-même
-
Lucidité certes inexistante pour Cléanthis, malgré les
invitations multiples à la modération de Trivelin et malgré celles de Arlequin à la
compréhension : cléanthis sidentifiant à la maîtresse est aussi peu
clairvoyante quelle.
-
Cependant Arlequin, lui, est extrêmement lucide et ne cesse
de démasquer la comédie (sc. 6)
-
Par le rire qui souligne quil a conscience dêtre
ridicule en jouant au maître
-
Par son appréciation sur le jeu :
" bouffons "
-
Doù une distanciation constante : les bonds sous
leffet de la joie (l.10), le rire à genoux (l.31), les applaudissements
-
Lexercice de la maîtrise lui a permis de comprendre son
maître :
-
Doù de nombreuses allusions à une similitude de
comportements : " je serai un petit brin insolent à cause que je suis le
maître " (sc.5)
-
Tout en se démarquant (il ne se sent pas maître) :
" si javais été votre pareil, je naurais peut-être pas mieux valu
que vous " (sc.9)
b. La lucidité conduit au pardon :
-
Arlequin éprouve de la pitié car il comprend en quoi
lamour-propre des maîtres est touché : devant Euphrosine (sc.8) ou devant
Iphicrate (sc.9)
-
Surenchère dans lhumilité : importance à la fin des
pleurs, garantie de lhumanité des personnages (" Mettez-vous à genoux
pour être encore meilleure quelle " sc. 10)
-
Reconnaissance de lautre en tant quêtre
humain car les défauts ne sont lapanage ni des esclaves, ni des maîtres
La clairvoyance des valets, si elle a semblé sexercer dabord
au détriment des maîtres, savère le moyen de conduire tout le monde sur le chemin
de la réconciliation
Concl.: Faire la synthèse de chacun des axes / Ouverture
/ Phrase conclusive (ou chute)
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