L'emploi de la fantaisie dans Electre de Giraudoux

Sujet : Juste après la première d'Électre, Colette écrivit dans la presse : " On ne fait pas une œuvre théâtrale avec des jeux de l’esprit." Pensez-vous que ces " jeux de l’esprit " nuisent à la transposition théâtrale du mythe antique ? Vous répondrez dans un développement argumenté en vous appuyant sur exemples précis tirés de la pièce que vous avez étudiée cette année.

Problématique : Dans Electre les "jeux de l’esprit " sont-ils trop brillants ? En d’autres termes effacent-ils la dimension théâtrale et la portée tragique de l’œuvre ?

Plan :

Bullet1.gif (122 octets) Introduction :

  • Introduire le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) : souligner le reproche souvent fait à Giraudoux d’être un écrivain précieux.

  • Introduire la citation et dégager la problématique : goût pour les " jeux de l’esprit " qui peuvent paraître d’une part trop intellectuels pour du spectacle et, d’autre part, un peu gratuits.

  • Annoncer le plan en insistant sur la progression logique : (1ère partie) (2ème partie) (3ème partie)

Bullet1.gif (122 octets) Développement :

1. Giraudoux aime les " jeux de l’esprit " :

    A. Giraudoux aime jouer avec le langage :

a. Le lexique :

      • Il doit surprendre par sa rareté.

      • Il doit surprendre par des associations bizarres.

      • Giraudoux veut montrer que les mots ont un sens.

b. La rhétorique :

      • L’antithèse.

      • La métaphore. 

      • L’anaphore. 

      • Le chiasme. 

B. Giraudoux aime jouer avec les situations :

a. Celles du mythe antique lui permet

      • Certes le pastiche malicieux.

      • Mais surtout la parodie, plus irrévérencieuse.

      • Et les anachronismes (décalages par rapport au temps du mythe). 

b. Mais il puise aussi dans les ressources des genres littéraires :

      • Irruption du vaudeville dans la tragédie antique.

      • Transformation de l’intrigue en intrigue policière

      • Insertion de paraboles.

      • Théâtre dans le théâtre avec le jeu des Euménides.

      • Mais aussi théâtre hors du théâtre, tout en restant dedans : le Lamento.

Giraudoux se délecte à multiplier tous azimuts ces inventions de l’esprit, verbales et autres. L’accumulation même des procédés peut donc paraître comme un jeu gratuit.

2. Ces jeux ne nuisent pas vraiment à la transposition théâtrale :

A. Malgré les jeux de l’esprit, le plaisir du théâtre reste intact car le spectacle touche les sens :

a. Un spectacle très visuel :

      • Le palais dès le lever de rideau.

      • Jeu avec le décor : fin I, 11.

      • Les jeux de lumière en final.

b. Même chez les personnages :

      • Les Euménides qui grandissent au cours de la pièce.

      • Jeux de scènes : Le Mendiant et son escabeau, Agathe poursuivie par le Président (II, 6), Agathe et l’oiseau .

c. Un spectacle sonore également :

      • Les trompettes (I, 9).

      • Le Mendiant qui applaudit (I, 3) ou qui crie à tue-tête (I, 4).

      • Le chant du coq au début de l’acte II.

B. De plus les " jeux de l’esprit " ne masquent pas le sérieux de l’œuvre, ils le révèlent au contraire :

a. Les ruptures qu’ils apportent, en mettant à distance le pathétique, suscitent la réflexion :

      • Le pathétique, recherché par les Classiques, provoque des émotions trop fortes pour permettre une réflexion : les " jeux de l’esprit " sollicitent l’intellect (et non les émotions).

      • Les contrepoints burlesques soulignent ainsi des analogies intéressantes.

      • Le Mendiant par le biais de ses paraboles animales nous permet de mesurer la cohésion du monde, comme l’accumulation des " amants " d’Agathe (Þ amour universel) .

b. Les " jeux de l’esprit " permettent au spectateur de rechercher le sens profond au-delà des apparences :

      • Le mot rare a plus de portée parce que proche de l’étymologie : cf. " imminer ".

      • Les expressions " veuve de mon père " ou " femme à histoires " rendent compte de la vérité d’Electre.

      • L’épingle à nourrice qui devient " épingle à reine " est significative aussi.

      • Le chiasme entre II, 5 et II, 6 souligne bien le rôle de miroir d’Agathe.

      • Les antithèses rendent compte de la complexité du monde.

c. Les " jeux de l’esprit " modernisent le mythe et, donc, d’élargissent sa portée :

      • Les anachronismes permettent de rejouer le mythe sur des fondements modernes.

      • Le couple Théocathoclès actualise le mythe en l’embourgeoisant : on peut ainsi comprendre Clytemnestre en tant que femme, et non pas seulement en tant que reine.

C. Ils mettent en évidence le tragique pour un public cultivé :

a. Giraudoux s’appuie sur un fond culturel commun :

    • Connaissance de la langue pour apprécier le mot rare ou l’image paradoxale.

    • Connaissance du mythe.

    • Voire connaissance de l’antiquité.  

b. Mais sa volonté de dérouter le public cultivé est évidente :

    • Dérouter le spectateur dans ses repères culturels. 

    • Dérouter le spectateur sa connaissance du fonctionnement du théâtre classique.

    • Dérouter le spectateur dans son rapport même avec l’illusion scénique (parodie du théâtre, entracte).

c. Pour dégager un tragique à la mesure de notre temps 

    • Des thèmes modernes : la fatalité que font peser les dieux ne nous intéresse plus, mais le déchirement des êtres au nom de valeurs nous touche davantage.

    • Traités de façon moderne : le ton familier d’Electre nous touche plus que la grandiloquence tragique.

La fantaisie débridée dont fait preuve Giraudoux à tous les niveaux s’adresse certes à un public cultivé mais pour le bousculer et le conduire à s’interroger sur le tragique moderne.

Bullet1.gif (122 octets) Conclusion :

  • Faire la synthèse de chacun des axes.

  • Ouverture : mettre en évidence la parenté de Anouilh et de Cocteau avec Giraudoux (même aptitude à briller).

  • Phrase conclusive (ou chute) : " Le jeu est paradoxalement un moyen de susciter la réflexion du spectateur pour qu’il ne prenne pas la vie pour ce qu’elle n’est pas, un jeu. " (exemple)

La modernisation du mythe par Giraudoux 

Transposition du mythe et tragédie chez Giraudoux  

Destin et temporalité chez Giraudoux  

Démonstration d'une thèse par Giraudoux ?  

Le refus du pathétique chez Giraudoux  

Le mythe d'Électre et ses transformations dans la littérature