1. Camus a choisi la ville d'Amsterdam comme lieu unique de la rencontre:
A. Parce qu'elle
rappelle Paris, autre capitale, tout en s'opposant à elle:
a)
Amsterdam, lieu de la confession, est liée à Paris, lieu de la faute, par la thématique
de l'eau.
b) Mais elle s'en démarque
par une configuration différente (cercles concentriques des canaux - axe ouvert de la Seine) : lieu plus propice à l'expiation.
c) Elle est donc le lieu de
l'exil définitif culturel (plus de cafés élégants) et linguistique (référence à la
Tour de Babel)
Donc : Lieu de la solitude
irrémédiable, qui permet de conférer au discours fleuve de Clamence une dimension
tragique.
B.
Parce qu'elle s'oppose aux lieux de prédilection de Clamence (lieux d'innocence):
a)
Absence de hauteur: la Hollande est un pays plat, au-dessous du niveau de la mer.
b) Une mer dérisoire: le
Zuyderzee est"une mer morte ", fermée.
c) Absence de lumière : tout
est gris (citation p.77-78).
Donc : Lieu qui renvoie à la
désespérance et à la mort, cadre idéal pour le discours de Clamence.
C.
Par cette double opposition, c 'est un lieu qui structure le roman:
a)
Pour mieux faire sentir le poids du passé heureux révolu (en d'autres lieux).
b) Amsterdam structure la
promenade et le discours qui s'y déroule dans un présent de l'énonciation.
c) Afin de mieux faire
sentir l'écart: donc le caractère définitif de l'exil.
Donc : L'opposition entre ce
lieu réel et les autres lieux évoqués permet de pressentir l'emprisonnement.
2. La rencontre est le prétexte
à une promenade:
A. Les
lieux qui la jalonnent dramatisent le discours en créant des énigmes :
a)
Clamence se refuse à passer sur un pont (séquence 1): ce pont devient énigme.
b) Le bar lui permet d'être
sollicité (cf. "l'ours brun" p.45) et de couper court à la question sur le
tableau qui devient énigme.
c) La maison de Clamence est
un refuge après l'aveu de la chute: elle lui permet de couper court à toute autre
question.
Donc : Les lieux qui jalonnent
la promenade permettent donc d'entretenir le mystère, le suspens, et conduisent
efficacement le lecteur vers le dénouement.
B.
Tout en permettant la révélation:
a)
La ville est d'abord décrite comme un trompe-l'oeil: poncifs préalables.
b) Mais au "paraître
"se substitue la révélation de l'"être"(i.e. la vérité
d'Amsterdam): p.77.
c) Ce dévoilement de la
vérité de la ville est parallèle à celui de la vérité de Clamence.
Donc : Les lieux participent
donc à l'entreprise de dévoilement (cf. le"desengano"chez Calderon )
menée par Clamence, qui doit finalement impliquer l'interlocuteur (et le lecteur)
C.
La promenade structure fortement le récit par la manière dont elle fait surgir les
souvenirs:
a)
La 1ère évocation du pont (p. 14) conduit vers un 2nd pont (le rire) puis un 3ème (la
chute), voire un 4ème (le pont du navire d'où il a vu le bout de bois sur l'Atlantique,
p.114, qui lui même est rappelé d'un autre pont de bateau p. 104): c'est un fil
conducteur pour le récit
b) Sortir sous la pluie et
se promener près des canaux conduit vers l'évocation de la chute dans l'eau un soir de
pluie
c) Le"paysage
négatif"de l'île de Marken renvoie au"paysage négatif"qu'est
l'âme de Clamence.
Donc : Chaque lieu motive le
souvenir ou s'accorde à l'état d'âme qu'il a fait naître.
3. Pour se conclure par un
enfermement:
A. Du
Mexico City
a)
Clamence y étouffe: p.48.
b) On peut difficilement y
communiquer: mutisme du "gorille", thème de la Tour de Babel ...
c) Lieu presque clos et
malsain: fièvre et genièvre.
Donc : Un point de départ
significatif, mais dont on peut espérer sortir (ouverture sur la ville).
B.
A la chambre:
a)
Une pièce vide qui renvoie au fait que Clamence a "vidé" sa conscience (p.
126).
b) L'épuisement de Clamence
(p. 150) qui marque la fin de cette confession.
c) La résolution des
énigmes: la"papauté"de Clamence, son métier fondé sur un oxymore, le
rectangle vide du début. Un point d'aboutissement
qui résout les énigmes mais enferme définitivement Clamence qui a"le complexe du
verrou"(plus de sortie possible: mais qu'en est-il pour l'interlocuteur ?).
C.
Le trajet d'un enfermement inévitable:
a)
Clamence nous y conduit d'un mythe à l'autre: de la Tour de Babel aux cercles de l'enfer
de Dante (thématique de l'enfermement).
b) Le trajet conduit
inévitablement à la chambre: cercles concentriques dont on ne peut s'échapper.
c) L'autre est pris dans une
stratégie de l'araignée: les méandres de la promenade sont à l'image de ceux du
discours.
Donc : les lieux apparemment non structurés du roman prend l'interlocuteur au piège du discours
pour le conduire au même enfermement et au même dénuement intérieur que Clamence, afin
qu'il se substitue à lui, en endossant à son tour sa culpabilité.
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