| Sujet
:
Pour
Zola la description est « une nécessité de savant » et non « un
exercice de peintre ».Vous apprécierez cette affirmation à la lumière du roman
naturaliste que vous avez étudié cette année.
Problématique : Zola se limite-t-il à une description rigoureusement
scientifique ?
Plan :
Intr.
Introduire
le contexte qui permet de comprendre la citation (accroche) : Constater
que les descriptions (de lieux comme de gens) sont longues et nombreuses Þ
pourquoi ? / Introduire la citation et dégager la problématique : citation
de Zola en réponse Þ se refuse-t-il pourtant les artifices du peintre ? / Annoncer le
plan en insistant sur la progression logique
Développement :
1. Certes la
description est chez Zola une « nécessité de savant » :
A. Les
descriptions servent à la démonstration du naturaliste :
a) Les
portraits révèlent les individus (physiognomonie, ou morphopsychologie) :
- Les
Lorilleux : Petits lun comme lautre, bien que la femme soit « assez
forte » / Lhomme a les « doigts noueux », les
«cheveux rares », de « minces lèvres méchantes »,
« les pieds nus dans des pantoufles éculées » / Tous deux font
vieux Þ ils noffrent rien de généreux dans leur aspect rabougri : le
portrait annonce déjà leur rôle auprès de Gervaise
- Lantier :
« très brun, d'une jolie figure, avec de minces moustaches » Þ figure du
séducteur
- Coupeau au
contraire respire lhonnêteté : « très propre », de beaux yeux marron, la face d'un chien joyeux et bon enfant », « la peau
encore tendre »
- Gervaise,
même empâtée, reste « une jolie blonde » aux « grands yeux »,
aux « dents très blanches », et aux gestes dune « lenteur
heureuse » Þ fondamentalement bonne
b) La description des lieux rend
aussi compte de ceux qui les habitent :
- Latelier
des Lorilleux est à leur image : « Et ce qui consternait surtout [Gervaise],
c'était la petitesse de l'atelier, les murs barbouillés, la ferraille ternie des outils, toute la saleté noire traînant là dans un bric-à-brac de
marchand de vieux clous » Þ Portrait et description de latelier se
complètent pour expliquer la fonction des Lorilleux
- Lappartement
des Goujet : propre (« on pouvait souffler partout » pas un grain de
poussière ne s'envolait », « Et le carreau luisait, d'une clarté de
glace ») et coquet (la chambre de Goujet : « Cétait gentil et
blanc comme dans la chambre d'une fille »)
- Les lieux
où vit Gervaise se dégradent au fur et à mesure de sa déchéance (de la propreté
du 1er appartement à la saleté immonde de la « niche ») : la
saleté décrite par Zola au chap.9 souligne la dégradation des conditions de vie de
Gervaise (engrenage de la crasse)
c) Les lieux agissent aussi
sur les individus Þ la nécessité de les décrire
- La
description des boulevards (chap.1) limités par les abattoirs, liés aux « tabliers sanglants » des bouchers et à une « odeur fauve de bêtes
massacrées » et par lhôpital aux « salles nues où la mort devait
faucher » Þ Gervaise sera bien une « bête massacrée » par la
société comme si ces bornes avaient agi sur elle
- Les
descriptions détaillées de lAssommoir à plusieurs reprises et
lénumération des cafés : impression de menace dabord (chap.2), de magie
ensuite (au chap.8 : « l'Assommoir flambait » / aux chap.10 et 12 :
« allumé comme une cathédrale pour une grand-messe ») Þ louvrier est
condamné à lalcoolisme par un tel lieu
- Lexiguïté
de la grande maison : condamne à la promiscuité et au vice Þ nécessité
dinsister sur cette exiguïté au chap.2 ( exhibition des matelas et du linge
intime / « les logements trop petits crevaient au-dehors, lâchaient des bouts de
leur misère par toutes les fentes »)
- Lodeur
du linge sale : donne une véritable ivresse qui engourdit Gervaise Þ sa paresse et
son laisser-aller (elle a des « gestes ralentis » et « les yeux
noyés » « comme si elle se grisait de cette puanteur humaine ») Þ
nécessité dinsister sur cette odeur au chap. 5 (fonction symbolique de la
description)
La description soutient donc le projet scientifique quest le projet
naturaliste : démontrer quune hypothèse est fondée, à savoir que
lhomme est conditionné par son milieu
B. Aussi
présentent-elles chez Zola des caractéristiques scientifiques :
a) Elles sont toujours
« nécessaires » car motivées par laction :
- Une
attente : la description du boulevard pendant que Gervaise attend Lantier / celle de
la maison ouvrière pendant quelle attend Coupeau
- Un
déplacement : la description du lavoir pendant que Gervaise le traverse / la
description de latelier des Lorilleux lors de lentrée de Gervaise / celle de
lalambic au moment où Gervaise sapprête à sortir / celle de la forge lors
de la visite de Gervaise
- Elles sont
donc souvent faites en focalisation interne : à la fonction documentaire
(connaissance des lieux de travail), sajoute donc une fonction narrative (renseigner
sur les réactions des personnages)w
b) Elles entendent restituer
fidèlement la réalité :
- Constitution
et exploitation dun dossier : étude préalable des lieux (promenades de
repérage dans le quartier de la goutte dOr) / étude des lieux de travail
(visites au lavoir, à la forge
) / notes et croquis
- Zola rend
compte de la topographie des lieux : la description de la visite au Louvre avec ses
salles successives et les tableaux qui sy trouvent
- Zola
décrit avec précision le travail des ouvriers, comme un zoologue, un botaniste ou un
ethnologue : les chaînistes, les blanchisseuses, les forgerons, les repasseuses, les
fleuristes
- Zola rend
surtout compte scientifiquement du fonctionnement de machines : la machine à vapeur
du lavoir / les cisailles mécaniques, les machines à boulons et à rivets, les
ébarbeuses, les taraudeuses à la forge Þ descriptions qui témoignent de la fascination
de Zola pour les miracles de la science
c) Elles veulent tout dire :
- Lexhaustivité
semble la garantie de lauthenticité : inventaire et classement scientifiques
- Doù
la variété des métiers décrits : du chaîniste qui travaille lor à la
blanchisseuse, en passant par le forgeron ou la fleuriste
- Doù
la tentation des énumérations : cf. celle des établissements fréquentés par
Gervaise, Lantier et Coupeau dans leur débauche au chap.8
- Doù
aussi les accumulations de détails : cf. les descriptions très longues (la chambre
dhôtel au chap.1, les boulevards aux chap.1 et 12, la maison ouvrière au chap.2)
Zola voudrait sinterdire tout ce qui échappe à une stricte
vérification scientifique : trahir la réalité serait trahir la crédibilité de
son argumentation. La description en ce sens est bien une « nécessité de
savant ».
2. Mais
cest aussi « un exercice de peintre », ou du moins dartiste :
A. Le regard du
peintre :
a) Le
choix des thèmes :
- Intérêt
pour tout ce qui est moderne, comme les Impressionnistes : les machines (la machine
à vapeur du lavoir ou les machines à fabriquer les boulons qui concurrencent
louvrier), les travaux haussmanniens (mentionnés lors de lerrance de
Gervaise), le regard de Gervaise sur la voie ferrée
- Intérêt
pour lhomme au travail : comme, plus tôt , Millet et ses paysans, ou
Courbet (Les Casseurs de pierres), ou Degas plus tard avec ses repasseuses ou ses
danseuses, ou encore Caillebotte (Les Raboteurs de parquet) ou Lautrec (Repasseuse)
b) Le choix du point de vue :
- Point de
vue en plongée sur Paris depuis la colonne Vendôme Þ immensité de la ville sous le
regard de la noce / la rue depuis le toit où travaille Coupeau
- Point de
vue en contre-plongée : regard de Gervaise sur la maison ouvrière qui lui paraît
ainsi « colossale » / sur « les silhouettes des deux ouvriers [Coupeau
et Zidore], grandies démesurément »
- Point de
vue décentré lorsque la noce est sous le Pont Royal (à rapprocher du Pont de
lEurope de Caillebotte)
- Vision
fragmentée : le chapeau de Nana animé dune existence autonome (à la manière
dun Lautrec dans Au Nouveau Cirque, carton pour un vitrail de Tiffany)
c) Le choix de
léclairage et le goût pour les couleurs :
- Léclairage :
le repas de noces sous divers éclairages / même chose pour le repas de Gervaise / jeux
de lumières dans lAssommoir
- Les
couleurs : reflets verdâtres des arbres dans la salle de la noce / reflets roses de
la chair sur le linge repassé / Goût pour les contrastes violents (la tache de la
« grande femme rouge » du tourniquet à lAssommoir)
- Le goût
pour les écrans de fumée (celle des pipes dans lAssommoir), de vapeur (nuances de
gris) ou encore de poussière dans le soleil
- A comparer
avec certains tableaux dImpressionnistes : La Gare St. Lazare ou Soleil
couchant de Monet
Zola fréquentait beaucoup de peintres et ne pouvait donc pas être
totalement insensible à leurs techniques.
B.
Lécriture dun poète :
a) Les
métaphores :
- Lanimalisation :
des métaphores récurrentes comme le peuple « troupeau » ou les yeux de chat
de Virginie / des métaphores plus spécifiques comme les gestes dune
« vivacité de singe » de M. Lorilleux, le « gésier » du
père Bru et « gloussement » de Clémence
- La
mécanisation : Mes-Bottes et son « rire de poulie mal graissée » devant
lalambic / le « mouvement de balancier d'horloge » de Coupeau cuvant
son vin
- De grandes
métaphores récurrentes comme celles de linondation (celle du peuple, celle de
lalcool) ou de la dévoration (Paris « dévor[e] les ouvriers au chap.1, les
« mâchoires caduques » de la grande maison au chap.2)
- De
puissantes images comme lalambic en « travailleur morne, puissant et
muet » qui renforcent limpression de menace qui plane sur les personnages
b) Effets de rythmes et de
sons :
- Segmentation
de la phrase et effets poétiques : comme le rythme ternaire de « ils auraient
englouti le plat, la table et la boutique » ou le rythme mesuré et emphatique de la
1ère présentation de la machine à vapeur du lavoir
- Allitérations et
effets poétiques : « la tête basse, abêti de tant
bâfrer » Þ abrutissement rendu les occlusives / « maman Coupeau, qui
adorait le cou, en arrachait la viande avec ses deux dernières
dents » Þ rage / « Clémence achevait son croupion, le suçait
avec un gloussement des lèvres » Þ sensualité
c) Comme tout artiste, Zola
privilégie la sensation :
- Goût pour
laccumulation des noms
- Goût pour
les noms issus de verbes
- Pointillisme
syntaxique
Zola, sil nest pas un peintre (puisquil a recours à
lécriture, est au moins un artiste et un tempérament : son écriture ne peut
être dénuée de tout effet.
Concl.
Faire
la synthèse de chacun des axes /Ouverture /Phrase conclusive
(ou chute) |