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Sujet :A propos
du travail du romancier naturaliste, Zola écrit dans le Roman expérimental :
« En somme, toute lopération consiste à prendre les faits dans la nature,
puis à étudier le mécanisme des faits, en agissant sur eux par les modifications des
circonstances et des milieux, sans jamais sécarter des lois de la nature. Au bout,
il y a la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale. » Dans
quelle mesure, le travail de Zola dans LAssommoir vous semble-t-il réaliser
cette démarche ?
Problématique :
Zola entend entreprendre une
démarche scientifique, i.e. refuser la part de limagination : le fait-il
vraiment ?
Plan :
Intr.
Introduire le contexte qui permet de comprendre la
citation (accroche) : Zola sinscrit de façon cohérente dans un
XIXème siècle qui, marqué par le positivisme dAuguste Comte, met la science
au-dessus de tout. Introduire la citation et dégager la problématique : Il entend
ainsi dabord « prendre
les faits dans la nature », puis en « étudier le mécanisme [
], en
agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux » afin
daboutir à « la connaissance scientifique ». Or la science et
lart semblent être deux univers bien dissemblables. Dun côté, la rigueur
méthodique de lexpérimentation et de lautre la liberté de
limagination et de la créativité. Zola pourtant, influencé par la méthode
expérimentale de Claude Bernard, tente de concilier les deux dans ses théories
naturalistes et dans ses romans. Dans quelle mesure y parvient-il dans LAssommoir ? Annoncer le plan en insistant sur la progression logique.
Développement :
1. Une approche
scientifique indéniable :
A. Zola
« prend les faits dans la nature », i.e. dans la réalité :
a)
Doù létude préalable dun milieu géographique, le quartier de la
goutte dOr :
- Promenades
de repérage:
- Plans du
quartier et de la maison ouvrière dessinés par Zola
- Attention
portée aux petits commerces et aux lieux de plaisir (Le Grand balcon cité dès
lincipit)
b) Ainsi que létude
dun milieu social, le milieu ouvrier-artisan : ici encore prises de notes
- Documentation
sur les métiers et leur technique
- Documentation
sur latmosphère des lieux de travail
- Documentation
sur les événements qui rythment lexistence
- Documentation
sur les distractions des ouvriers .
- Documentation
sur la langue verte
c) Pour restituer cette réalité
dans le roman :
- Constitution
dun dossier avant de rédiger . Des notes de lecture sur
LHérédité naturelle du Docteur Lucas, sur Le Sublime de Poulot
. Enfin le
plan et la division en chapitres
- Ces
éléments trament le roman et les personnages nen paraissent que davantage
tirés de la « nature » :
. Quartier
de la Goutte dor délimité par les boulevards extérieurs (abattoirs et hôpital
Lariboisière) et les deux rues (rue Neuve-de-la-Goutte-dor et rue de la Goutte
dor)
. Gervaise,
même quand elle est patronne, vit dans un monde ouvrier (Coupeau est zingueur, les
Lorilleux sont chaînistes, Goujet travaille à la forge, Nana dans latelier de
fleurs artificielles.
. Leur
existence est rythmée par les fêtes et les sorties dans le faubourg : oubli de la
misère
. Cest
en D.I.L. que sont traduites, entre autres, les impressions de Gervaise : utilisation
de la langue populaire
- Réel et
effet de réel :
. Même les
toponymes inventés font vrai (cf. le Veau à deux têtes au début)
. Car la
science nest censée sappuyer que sur lobservation de la réalité
. Démarche :
observation, hypothèse, vérification par lexpérience
Les personnages insérés dans ce contexte issu de la réalité sont tout à
fait crédibles
B. Zola
« étudie [ensuite] les mécanismes des faits » sous linfluence des
circonstances et des milieux :
a) Il insère une
circonstance pour étudier ses répercussions sur les personnages :
- Zola
insère un accident de travail vraisemblable = élément perturbateur qui détruit la
situation initiale (Un couple douvriers honnêtes, travailleurs, économes)
- Il rend
compte des répercussions successives : sur Coupeau (désuvrement
forcé Þ amertume Þ paresse et alcoolisme Þ agressivité), sur Gervaise (Perte de
ses économies Þ dépendance envers Goujet Þ location de la boutique Þ goût de la
dépense / Lattitude de Coupeau Þ abandon à la paresse, puis à lalcoolisme,
comme lui) ainsi que sur Nana (exemple parental Þ « vaurienne »
dabord, prostituée ensuite)
b) Il soumet aussi ses personnages
aux mécanismes du corps :
- Leffet
de lhérédité : Leffet de lhérédité : handicap physique
(claudication , « étrange reproduction héréditaire des brutalités »
endurées par sa mère) et penchant à lalcoolisme (le père Macquard, mais
aussi le père Coupeau)
- Leffet
du tempérament : faiblesse de caractère, trop grande gentillesse de Gervaise qui la
conduit à toujours céder (mariage avec Coupeau, dette envers Goujet, cohabitation
avec Lantier sont autant détapes dans sa déchéance) / penchant vers la
gourmandise et la paresse (doù laisser-aller qui lui vaut la perte de ses
clientes et dépenses accrues qui la précipitent vers la chute)
c) Les personnages deviennent
des mécaniques : rêve de Mes-Bottes devant lassommoir / déshumanisation
progressive des convives au repas de Gervaise / Gervaise ballottée par la foule au
chapitre 12Il soumet enfin les personnages aux lois de la misère ouvrière :
- La
pauvreté : engrenage souligné des reconnaissances du Mont-de-Piété du début
à la dette envers Goujet qui justifie dautres dépôts au Mont-de-Piété Þ
jusquà la dépossession totale
- Lexiguïté
des logements : le logement se rétrécit au fur et à mesure que Gervaise chute / La
promiscuité gomme toute pudeur et conduit au vice
- La
fatalité ouvrière :
. Le milieu
agit sur les personnages : la pauvreté a une odeur (odeur du linge sale dans lequel
se complaît Gervaise Þ chute progressive)
. Leffort
pour sortir du rang (accès au statut de patronne) est vain : construction du livre
en deux versants
La « méthode expérimentale » semble bien appliquée. Zola tente une
expérience en soumettant des personnages pris dans la vie de tous les jours à des
circonstances particulières, se proposant détudier leur évolution.
2. Une
connaissance scientifique de lhomme ?
A. Zola entend
certes ignorer la psychologie individuelle, au profit du groupe social :
a) Chaque
personnage est emblématique dun milieu :
- Chaque
roman est celui dun individu inscrit dans un milieu : La Curée (1872) Þ la bourgeoisie daffaires / La Faute de labbé Mouret (1875) Þ le clergé / LAssommoir : « Je fais donc la femme
du peuple, la femme de louvrier. » (Ebauche de LAssommoir)
/ Prolongement avec Germinal
- Gervaise
nest dailleurs que la représentante du peuple dans LAssommoir :
. Cf. sa
confrontation aux autres, également « galopés par la faim » dans
le chapitre 12
. Cf. aussi
la déchéance avérée de Coupeau, parallèle à la sienne
. Et celles,
prévisibles, de Nana et de Virginie
b) Les descriptions sont donc
importantes pour montrer linfluence du milieu :
- Lassommoir :
. Il
souligne le rôle de limplantation des cafés dans un quartier populaire
. Il est
dailleurs largement renforcé par la présence dune énumération de cafés et
restaurants au au chapitre 8
. En
opposition avec le Louvre bien entendu : il sagit de montrer que
louvrier, quel quil soit est déterminé par son milieu
- La maison
ouvrière : le rôle de lexiguïté des logements (promiscuité)
. Importance
des étages et du nombre des fenêtres
. Importance
du linge aux fenêtres, qui révèle lintimité (jusquaux couches)
. Comment
rester pur dans un tel milieu ?
- La
blanchisserie : les odeurs de la promiscuité et leurs effets
. Une odeur
propre à chaque pièce de linge sale qui signale le propriétaire
. Qui
provoque des étourdissements
. Qui
prépare à dautres odeurs comme lhaleine vineuse de Coupeau
. Doù
le laisser-aller qui samorce
c) Ce qui nexclut pourtant
pas complètement la psychologie :
- Ce qui
compte donc, cest que lhomme soit la somme de toutes ces influences :
. Gervaise
est la somme de son hérédité, de son origine ouvrière, Coupeau aussi
. Lalie ne
peut que mourir car le milieu est trop écrasant (alcoolisme du père + pauvreté qui la
prive de la nourriture nécessaire pour être forte)
- Pourtant
les personnages ne sont pas tout dune pièce : ils peuvent être
nuancés :
. Gervaise
nest pas toujours souillon : elle a été un modèle de propreté
. Coupeau,
avant dêtre violent, a été un modèle dhomme attentionné
. Gervaise,
même dans sa déchéance, connaît des sursauts : face à Goujet surtout +
sentiments nuancés à légard de sa fille
B. Mais
son regard n'est pas toujours rigoureusement objectif :
a) Le parti pris de la
noirceur :
- Dans les
descriptions : Description de la chambre dhôtel qui donne sa tonalité au
roman / Description de la maison ouvrière qui cumule la crasse, les odeurs nauséabondes
et la dégradation systématique
- Dans les
relations humaines : Compte-rendu féroce de la bataille du lavoir / Visite chez les
Lorilleux
- Le seul
point lumineux est la famille Goujet : et encore ! (cf. réaction de la mère à
la fin)
b) Car sa représentation de
louvrier est celle, partisane, que sen fait un bourgeois :
- Accumulation
de stéréotypes :
. Louvrier
infidèle (Lantier), inculte (la visite au Louvre), grossier (repas de Gervaise), sale et
dépensier
. Cependant
Zola tente danalyser objectivement les raisons dune telle attitude
- Animalisation
systématique :
. Qui
rabaisse les ouvriers : donner quelques exemples
. Qui a
dailleurs choqué la gauche à lépoque
- La peur de
la foule :
. Systématiquement
comparée à un « troupeau »
. Métaphore
de linondation dans la scène de lalambic
c) De plus son regard
dartiste poétise les scènes au détriment de lobjectivité scientifique
:
- Choix du
point de vue :
. Point de
vue en plongée depuis la colonne Vendôme ou depuis le toit où travaille Coupeau
. Point de
vue décentré lorsque la noce est sous le Pont Royal
. Vision
fragmentée : le chapeau de Nana animé dune existence autonome
- Choix de
léclairage :
. Le repas
de noces sous divers éclairages
. Même
chose pour le repas de Gervaise
. Jeux de
lumières dans lAssommoir
- Goût pour
les couleurs :
. Reflets
roses de la chair sur le linge repassé
. Le goût
pour les écrans de fumée (celle des pipes dans lAssommoir) ou de vapeur (nuances
de gris)
- La
sensation privilégiée :
. Goût pour
laccumulation des noms
. Goût pour
les noms issus de verbes
. Pointillisme
syntaxique
Zola entend viser la connaissance scientifique, mais il aborde
son « expérience » avec trop da priori : des apriori de
bourgeois, mais surtout des a priori dartiste
3. La liberté
du roman :
A. Les
personnages sont plus libres que ne le voudrait Zola :
a) Goujet
échappe au sort des ouvriers :
- Même
classe sociale : forgeron
- Même
ascendance alcoolique : « le père Goujet, un jour d'ivresse furieuse, à
Lille, avait assommé un camarade à coups de barre de fer, puis s'était étranglé dans
sa prison, avec son mouchoir. »
- Mais se
maintient propre et honnête : ne cède même pas à ladultère, ne se révolte
pas malgré la baisse de son salaire
- Modèle
bourgeois : épargne pour se marier, travailleur acharné, charitable envers
Gervaise (amour ou pitié ?)
b) Lalie ne chute pas comme
Gervaise, avec une histoire pourtant pire :
- Ascendance
alcoolique ici aussi
- Mais
travailleuse malgré les coups
- Pardonne
à son père « parce quon doit tout pardonner aux fous » (p.386)
- Ne pense
quaux autres, même mourante
- Elle
pouvait devenir une Nana mais elle échappe à cette « fatalité » de la
déchéance morale
c) Gervaise pourrait suivre ces
deux modèles puisquelle les admire :
- Lalie :
. Gervaise
« essay[e] dapprendre delle à taire son martyre » (p.390)
. Son regard
quand Gervaise revient ivre pour la 1ère fois
. Mais
Gervaise ne devient pas Lalie
- Goujet :
. Gervaise
est « un peu ennuyée » lorsquelle lui montre sa gloutonnerie au repas
. Gênée
aussi quil la découvre avec Lantier
. Mise en
garde de Mme Goujet
. Elle
pourrait accepter son offre de vie commune mais elle ne le suit pas
B. Une
force de suggestion plus quune preuve scientifique :
a) Recours au
pathétique :
- La scène
de la mort de Lalie : p.462 - 465
. Opposition
entre la bonté et la violence : Lalie expliquant à son père quelle va mourir
. Opposition
entre le moment, crucial, et les préoccupations quotidiennes de Lalie
. La nudité
de Lalie comme symbole de sa fragilité
. Larmes de
Gervaise qui sont les nôtres
- La scène
des retrouvailles avec Goujet :
. Les
circonstances : la tentative de prostitution
. La bonté
de Goujet
. Les restes
damour
. La honte
de Gervaise
b) Recours au style épique :
- La
bataille du lavoir :
. Le rôle
de lenvironnement
. Les phases
du combat et sa violence
- Laffrontement
des hommes à la forge :
. Un tournoi
chevaleresque
. Laffrontement
du Bien et du Mal : jusquà la caricature (le juste hissé à la hauteur
dun demi-dieu ? le méchant, noir à souhait)
c) Les trahisons et les
récurrences argumentatives :
- Les
abattoirs nexistent plus en 1850 : Zola les maintient pour la force du symbole
(la mort de part et dautre du boulevard en ouverture du roman)
- Les
abattoirs et lhôpital : ces deux bornes ouvrent et ferment le roman
- Le
ruisseau des eaux de la teinturerie : la variation de leur teinte en fonction du
parcours de Gervaise (du rose tendre au noir le plus sombre)
- Le thème
de lassommoir : récurrence de lestaminet du père Colombe et association
à la société qui « assomme » aussi
- Les
variations sur la vision de la cour de la grande maison : vue den bas et vue
den haut
Zola ne se limite donc pas à la stricte objectivité scientifique. Il recourt
souvent aussi à la dimension impressive de lécriture pour emporter
ladhésion de son lecteur.
Concl.
Faire
la synthèse de chacun des axes / Ouverture / Phrase conclusive (ou chute)
Oeuvre de sociologue car fidèle en partie à la vérité
scientifique, tout en la dépassant au profit du romanesque. |