Un mémoire intitulé La Police de Paris en 1770, rédigé par le commissaire Lemaire sur ordre de Sartine, rend compte de la manière dont était organisée la police parisienne.

La capitale est, au XVIIIe siècle, divisée en vingt quartiers dont la population est particulièrement surveillée car on craint que la moindre "émotion populaire" – pour employer une expression de l'époque – ne dégénère.

Depuis 1667, un lieutenant général de police, qui dépend du roi, supervise une véritable pyramide policière.

Ce lieutenant général de police a en charge tout le fonctionnement de la capitale, à savoir la religion, les mœurs, la santé, l'approvisionnement et les vivres, la voirie, la tranquillité et la sécurité publique, les sciences et arts libéraux, le commerce, la réglementation concernant les serviteurs, domestiques et manœuvriers, les manufactures et arts mécaniques, et la gestion de la pauvreté.

Il a sous ses ordres quarante-huit commissaires, qui lui rendent compte de tout ce qui se passe dans le quartier qui leur est affecté.

Ainsi, Nicolas Le Floch dépend-il successivement de Sartine (de 1759 à août 1774), de Lenoir (d'août 1774 à mai 1775), d'Albert (de mai 1775 à juin 1776), puis de nouveau de Lenoir en juin 1776.

Ci-contre, deux portraits de Sartine, avec deux perruques différentes. Le premier est de Joseph Boze. Vous découvrirez le second en survolant l'image avec la souris.

Comme le commissaire Lardin, Nicolas n’est pas affecté à un quartier particulier, mais il rencontre des commissaires de quartier qui ont réellement existé, tels le commissaire Fontaine, au chevet de M. de Noblecourt dans Le Fantôme de la rue Royale, ou le commissaire Desnoyers, du quartier Saint-Eustache, dans L’Énigme des Blancs-Manteaux.

Extraits de l'Almananach royal de 1758

Les commissaires font le lien entre les Parisiens et le pouvoir, ce que souligne Arlette Farge dans Effusion et tourment, le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIe siècle (Paris, Odile Jacob, 2007) :

« Personnalité connue, crainte, le commissaire de police possède de plus un pouvoir de négociation avec les habitants, de conseil et de conciliation : en ce sens, sa charge oscille entre la répression et une éventuelle bonhomie. »

Ses tâches sont diverses. Sous les ordres de Lardin dans L’Énigme des Blancs-Manteaux, Nicolas se familiarise avec leur étendue :

« Nicolas connut, au petit matin, les poses de scellés, les saisies, les constats ou plus simplement les arbitrages des querelles, entre voisins, si fréquentes dans les maisons de rapport des faubourgs où s’entassaient les plus nécessiteux. »

Dans Le Cadavre anglais, l’auteur revient sur cette diversité et ses conséquences :

« Il apposait les scellés lors des inventaires après décès, partageait les biens des mineurs, percevait la taxe des dépenses de justice et la liquidation des dommages et intérêts. De ces attributions civiles, le risque n'était d'ailleurs pas toujours exempt. Le peuple murmurait et accusait les commissaires de recevoir des avantages accessoires. »

Afin de seconder ses commissaires, le premier lieutenant général de police, Nicolas de la Reynie, crée en 1708 la charge d’inspecteur. Ceux-ci sont, en 1770, au nombre de vingt. Ils sont en outre souvent spécialisés, tel l’inspecteur Marais, affecté à la surveillance des mœurs, qui apparaît dans Le Sang des farines.

La pyramide policière s'appuie aussi, en 1770, sur le guet (cent quatre-vingt-treize hommes qui battent sans relâche le pavé parisien) et la garde de Paris (neuf cents hommes), que l'on voit intervenir dans Le Fantôme de la rue Royale et Le Cadavre anglais.

Extrait d'un rapport du guet pendant la Guerre des farines (Archives nationales, série Y 10625)
Cependant l’ensemble de la pyramide ne fonctionnerait guère si elle ne reposait sur le réseau très serré de mouchards qu’ont su tramer les commissaires et les inspecteurs et qui permet à la police de n’être pas visible tout en étant constamment présente. Toute personne ayant eu maille à partir avec la justice est susceptible d’être réquisitionnée comme « mouche ». Le processus est bien analysé dans Le Fantôme de la rue Royale. Pris sur le fait par Nicolas, un homme qui, bien mis et le visage avenant, avait pu festoyer dans de nombreuses noces, est mis en demeure de servir d'indicateur.

On peut aussi citer le cas de Julie de Lastérieux qui, en échange de renseignements recueillis dans son salon, peut jouir d’une partie de la fortune de son mari alors que celle-ci aurait dû être saisie en totalité. Le personnage est inspiré d'une véritable salonnière.

Ci-dessous, un extrait des "Papiers de Lenoir" concernant cette salonnière (Médiathèque d'Orléans).